L’homme et le divin ou un dimanche matin comme les autres

Je ne serai pas contredit si j’affirme que la fin du monde approche. Mais avec ça, on est bien avancé. Car à quoi ça aurait servi que l’humain se manifeste cosmiquement si ça doit se terminer aussi bêtement. Quel est le sens de ma vie ? se pose-t-on souvent comme question. On n’en a cependant jamais la réponse, elle change tout le temps sans honte de se contredire. Certains on soutenu mordicus que tout est absurde, que de sens il n’y en a pas ; ils l’ont même démontré après que les hommes se furent acharnés à tuer Dieu, tout au long du XVIIIe siècle. En partant du postulat que ce dernier n’existe pas (Marx), qu’il est une création de nos esprits malades (Freud) ou encore qu’il est mort (Nietzsche), toute l’explication du monde que nous nous faisions autrefois s’écroule, ne tient plus la route (à part pour quelques esprits malins). Or, ces trois mousquetaires de la pensée profonde étaient sensés nous guérir d’une aliénation socio-culturelle bien ancrée depuis Adam en chacun de nous, cela n’a fait que créer un vide mental supplémentaire : nous n’avons plus d’horizon spirituel depuis longtemps. J’entends par-là qu’une cassure s’est produite, un peu comme une rupture épistémologique de l’histoire, mais dans notre perception extra-temporel du monde. La magie ne produit plus ses effets, l’univers devient banal voire ordinaire, tout perd de son sacré. Et pourtant, les totems sont toujours là même s’ils n’ont fait que changer de forme, tout comme les tabous par ailleurs. Au bout du compte, nous n’avons plus rien à faire sur cette terre, à part tuer le temps, ou tuer de l’homme.
La fin des temps approche, repentons-nous, disait l’artiste. Mais devant qui se repentir ? Qui fait donc autorité si Dieu n’est plus ? De quoi, au fait, se repentir ? D’un péché originel purement inventé à l’origine de notre néolithique ? Autant alors jeter en prison les nouveaux-nés ! car mon baptême m’a lavé d’une faute que je n’ai pas commise, c’est la société malade qui m’a rendu taré. Dès le berceau. Cerveau magique mais fragile. Ce que je dis pour moi, vaut aussi pour toi. On peut y remédier, grâce à Dieu justement. Oh, certainement pas ce dieu lointain, qui est on ne sait où, ici ou là-bas, ailleurs et nulle-part ; pas ce dieu qu’on nous assassinait au nom de son amour ; pas ce truc qui finit par nous apparaître comme fou autant qu’on nous en parle ; pas un dieu jaloux et vengeur, mais “prompt pour pardonner, lent à la colère”, miséricordieux. Mon dieu n’est pas cette altérité inaccessible et je ne suis pas étranger non plus à lui. Il est si présent qu’on ne le voit pas, il est moi, mais je ne suis pas lui. Toutefois, je et lui se confondent au point de n’être qu’un. Il est La choseté, ce qui reste quand tout s’éteint et disparaît, il est l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier. Il est le principe de toutes choses et il en est l’instigateur suprême, qui veut ou ne veut pas, en créant temps, énergie et matière ici-bas, en annulant tout pour se réaliser autrement, toujours de façon différente, sans jamais se répéter, éternellement. La choseté est l’infinitude qui se voulait exprimer, qui change constamment tout en restant la même, l’unique. Le terme “dieu” est nécessaire pour que cela soit ainsi, et cela est selon sa volonté. Nous sommes une des façons infinies qu’il a de se réaliser, dans notre finitude humaine et matérielle, nous sommes une de ses manifestations multiples, nous sommes Lui en sa totalité, car il est Un. Rien n’est sinon Lui, sinon une illusion. Nom de Zeus, que mon ego en prend un coup !
Que suis-je ? Ou plutôt, qu’est je ? Avouons-le – ce n’est pas une question d’humilité : une part divine désacralisée depuis l’origine de la conscience humaine parce qu’elle a peur, dieu conditionné à la sauce ordinaire d’un monde cracra, une âme sans esprit, c’est tout. Et c’est pas rien. Dieu est je, dieu est également l’autre, le non-soi, l’inerte et le vivant, l’homme en somme. Le verbe s’est fait chair que l’éther divin habite intégralement. Ainsi soit-il ! Pour moi, en ce qui concerne la faute et le reproche, le bien et le mal sont donc relatifs. J’en ai dit trois mots dans un autre article. Relatifs à ce qui fait mon être. Bien et mal ne peuvent être que des notions intimes et personnelles, appartement à l’intériorité. Le bien serait ce que je veux pour moi, j’en fais ce que je veux car mon bien à moi n’est pas le tien. Le bien pour un Européen n’est pas le bien pour un Chinois. Le bien d’hier n’est pas le bien de maintenant, qui aura le temps d’être changé en bien de demain. Pas de bien ni de mal, et pourtant. Ces deux termes appartiennent au monde relatif des ego ordinaires ; dans l’absolu, ils appartiennent seulement au dieu, au dieu qui est notre moi suprême et subtil : dieu est Ego, l’homme est ego, un peu comme dans la même baraque. Relatif/conditionnel et absolu/universel en des domaines confondus, en un seul kit, en une seule vibration. Soit, je reste ego ordinaire, soit, je s’exhausse à son Ego réel. Sois je reste homme-poussière, sois je réalise la divinité qui est en soi, par sa simple grâce, sans travail qui est souffrance masochiste, sur un chemin qui serait le but, la vérité, la vie. Dans la morale, il n’y a pas de place à la vérité ; au commun, la vérité n’existe pas, ce qui tue la vie. On la bidouille pour mieux s’en arranger. Nos ego sont des créatures bloquées par des centres d’intérêts minables, larves qui ne peuvent se métamorphoser en beaux papillons auréolés. Dans la construction de Soi, on vise l’altitude, la hauteur qu’il faut prendre. Il n’y a pourtant rien à gravir, tout est à disposition, question d’actes menés par le libre-arbitre : je veut continuer à être une merde moraleuse qui passe son temps en jugement, ou Je est, tout simplement ce qu’il est, une respiration céleste, un adorable souffle divin. Par ailleurs, je est l’autre, comme je l’ai déjà dit : deux visages d’une même personne. Je doit donc se tenir en tenant compte de l’autre non comme alter-ego mais comme Ego divin ; autrement dit, comme le Moi est exhaussé, je dois aider les autres Moi à s’exhausser aussi. Mon comportement n’a alors plus rien à voir avec la morale commune, il n’est plus question que d’éthique personnelle, qui est la “déontologie sous-entendue” des hommes libres, des dieux vivants en l’Un.
Voilà. Si t’as envie, sois dieu et tais-toi, espèce d’alpha et d’oméga ! Et bon dimanche quand même…