LES RELIGIONS ET LA PHILOSOPHIE #1

Dieu existe-il ? A-t-il créé le monde ? Peut-on le prouver ? Ces questions qui en rongent plus d’un débordent le cadre de la croyance, elles ont torturé maints philosophes du judaïsme, du christianisme et de l’islam ; des croyants, donc. Le dilemme croire ou comprendre s’est toujours posé à l’homme raisonnable. Croire à l’improbable, c’est prendre (accepter) de manière passive ce qui est un mystère (l’incompris), alors que comprendre (prendre en mettant avec soi) va de l’ordre du vouloir et de la participation-action ; la raison est impliquée. Or, il y a des chances pour que l’envie de concilier philosophie et lecture des Ecritures saintes (Tora, Nouveau Testament et Coran) nous entraîne dans d’indépassables contradictions.

Il existe trois grandes religions dans le monde : le christianisme, l’islam et l’hindouisme. Ignorant tout de la dernière, je n’en parlerai pas. De toute façon, nous n’en sommes pas imprégnés suffisamment pour que cela influe dans nos vies. En revanche, je pourrais aborder le monothéisme abrahamique en commençant logiquement par le judaïsme ; suivraient alors le christianisme et l’islam. Cependant, libre de mon choix, ce sont les naissances des penseurs et croyants ayant posé leur pierre à l’édifice du savoir -je me limite aux plus célèbres- qui primeront dans l’ordre du texte. Pour vous simplifier la tâche, je mets du bleu pour les penseurs du judaïsme, du orange pour le christianisme et du vert pour l’islam. Entre parenthèses, les années de naissance et de décès.

 

Saint-Augustin (354-430)

Si les philosophes n’ont pas toujours eu une vie exemplaire -je pense à Diogène, Augustin fut un gros pécheur avant d’être placé au rang des saints. C’est grâce à son expérience de jeune bringueur, constamment attiré par les plaisirs charnels et jamais satisfait dans ses désirs immédiats de les assouvir, qu’il trouva un jour son inspiration spirituelle dans les Epîtres de saint-Paul. Je précise d’Augustin qu’il était numide -honneur donc à l’Algérie- et qu’il fait partie des derniers philosophes de l’Antiquité.

Dans ses Confessions, Augustin décrit son engouement pour le sexe opposé et décortique les processus qui l’ont conduit à cette situation. Il reconnaît avoir aimé l’amour sans avoir jamais aimé personne. Se posait alors le problème de la fin et des moyens : l’amour, en soi, n’est rien s’il ne va pas à quelqu’un. Prendre le moyen pour le but est une ineptie, un véritable non sens qui mène à l’inversion des valeurs, ainsi qu’on le fait aujourd’hui avec l’argent, les choses et les personnes ; c’est confondre l’amour et l’objet de l’amour. Car il est certain que l’amoureux aime l’état dans lequel il se trouve, ce qui n’implique pas forcément qu’il aime la personne qu’il dit aimer.

Notre jugement se plie à nos sens. Nous agissons comme si la quantité des plaisirs primait sur leur qualité. Nous partons donc dans tous les sens, nous dispersons nos êtres puis nous les perdons dans l’insatisfaction de plaisirs inassouvis. Nous quantifions le bonheur sans être jamais heureux tout à fait. Ce qui sauve Augustin de cette vie qu’il juge dégradante, c’est l’acceptation que les êtres vivants possèdent une essence, profonde. Peu facile à admettre pour un ancien jouisseur matérialiste. Ce focaliser sur cette nature éthérique permit à Augustin de se retrouver, de se rassembler et de ne plus se perdre. L’essence de l’être serait une unité stable, incorruptible et éternelle, une hypostase selon la philosophie grecque. Le reste est éphémère et changeant, et finira de sa belle mort, un jour. Pour Augustin, l’essence de l’être est Dieu, que tous les humains partagent dans leur nature profonde et cachée ; Dieu est plus intérieur à moi-même que moi-même, dit-il pour expliquer comment il est préférable de se détacher des choses vaines de ce monde.

Crois et tu comprendras ; la foi précède, l’intelligence suit. 

 

Saint-Anselme (1033-1109)

La question de l’existence de Dieu restait à prouver et Anselme, un évêque italien, va en proposer une démonstration qui fera autorité durant sept siècles.

Que dit la Tora de Dieu ? Qu’il est le plus grand, c’est à dire que rien de plus grand ne peut être pensé. Si c’est le cas, alors ce plus grand est Dieu. Allahou akbar le rappelle et il est faux de le traduire par Dieu est grand (kebîr). Bien. Pour Anselme, l’athée est insensé puisqu’il nie quelque chose qui peut être pensé. Si on le pense, c’est qu’il existe, se dit Anselme. Comment un être qui aurait le maximum de grandeur ne pourrait-il être pensé ? or, si on peut le penser, c’est bien qu’il existe, nom de d’là. La preuve, c’est que le négateur d’une chose, est bien obligé de penser la chose pour la nier. S’il la pense, c’est qu’elle existe… Il faut pouvoir concevoir l’existence de Dieu si on veut la nier. En pensant Dieu, l’incroyant prouve qu’il croit ! C’est du saint-Anselme, qui rajoutera : la non-existence de quelque chose de tel que rien de plus grand ne peut être pensé n’est pas pensable. Est-ce parce qu’une chose est possible (pensée) qu’elle existe forcément ?

Je ne cherche pas à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre. 

 

Averroès (1126-1198)

Philosophe berbère et musulman (‘abû al-Walîd Muhammad ibn Ahmad ibn Ruchd) né à Cordoue, il sera, après avoir été reconnu, considéré comme hérétique pour les idées qu’il défendait et finalement exilé ; il s’opposait aux théologiens de l’époque qu’il accusait d’être à l’origine de guerres, de conflits et de haines, en s’accrochant à leurs dogmes de manière aveugle.

Dans de très nombreux versets, le Coran s’adresse à ceux qu’il doit fidéliser en commençant par Ô, vous qui êtes doués d’intelligence… ; c’est pourquoi il a été facile, aux musulmans des premiers temps, de faire usage du logos, tel qu’ils le découvraient dans la philosophie grecque d’Aristote, égarée par l’Occident par ailleurs. Le syllogisme d’Aristote sera considéré par Averroès comme le moyen le plus parfait pour apporter la preuve de l’existence de l’être le plus parfait. Or, la preuve n’est apportée que par la connaissance des choses. Au XIIème siècle, le Coran est pris à la lettre, et les théologiens ne disposent d’aucun sens critique à cet égard, car usant de dialectique préformée voire de sophistique bien mal élucubrée.

Pour Averroès, le Coran se présente comme un texte programmatique de la connaissance ; il s’adresse à la réflexion, ce serait commettre une erreur que de croire qu’il doit prendre aux tripes. La connaissance de Dieu est intellectuelle mais simple, le reste, obscur, est superstition ; quiconque le veut peut comprendre la Parole donnée, en saisir l’esprit. Pour cela il faut apprendre à cheminer dans la métaphore. Ainsi, quand les théologiens décrivent la création comme une volonté de Dieu, Averroès leur répond que Dieu n’est pas un homme, que sa volonté de faire exister le monde n’implique pas que celui-ci ait été créé ; au contraire, Averroès montera que l’Univers a peut-être toujours existé (non créé), qu’il pourrait tout aussi bien être éternel et incorruptible et, qu’avec Dieu, où tout se situe dans la métaphore et se lie par l’esprit, il faut s’attendre à tout, même à du n’importe naouak.

Les preuves de l’existence du créateur se réduisent à deux genres : la preuve tirée de la providence et la preuve tirée de la création.

 

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4 Réponses to “LES RELIGIONS ET LA PHILOSOPHIE #1”

  1. Bonjour,

    je souhaite que mon blog Comment’aire ne soit plus inscrit dans la communauté que vous gérez : « vues de gauche ».

    Merci de faire le nécessaire.

    Cordialement

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