CORAN, MODE D’EMPLOI (2)

Préface (Extrait)

« L’approche originale de Farid Esack se manifeste dès son introduction. Alors que d’ordinaire le Coran est présenté à partir de l’histoire de sa 《descente》 telle qu’elle est transmise depuis des siècles par la tradition apologétique musulmane, il commence par mettre en valeur ce que représente pour les musulmans d’aujourd’hui ce texte vivant qui 《possède une personnalité quasi humaine》. Car un texte ne se révèle néanmoins vivant qu’à partir du moment où des lecteurs et des auditeurs s’ en saisissent. » Comme le dit Abdennour Bidar, il y a au moins autant de lectures du Coran qu’il y a de lecteurs. L’uniformité et la répétition sont contraires à la vivance du texte.

INTRODUCTION

1er niveau

« Le premier niveau d’approche du Coran peut être comparé à celui d’un amoureux sans esprit critique vis-à-vis de sa bien aimée. Il voit tout en elle. N’est-elle pas

une clarification de toutes choses (C.16:89),
un remède pour tous [les maux] qu’on peut trouver au fond des coeur ? (C.10:57)

Elle est d’ascendance noble, engendrée par delà le monde de la chair et du sang, et née dans la

Mère des cités (C.42:7).

2ème niveau

« Le deuxième niveau d’approche du Coran est celui de l’amoureux érudit. Il veut montrer au monde pourquoi sa bien-aimée est si sublime. Il se lamente sur l’incapacité des autres à reconnaître ce que sont la beauté de sa bien-aimée, l’harmonie de sa conformation et sa sagesse, qui dépassent tout ce qu’on peut imaginer et qui inspirent le respect.

Les érudits sont, entre autres :
Abû l-‘Ala Mawdûdi
Amin Ahsan Islahi
Husayn Tabâtabâ’i
Muhammad Asad
‘A isha ‘Abd al-Rahmân
Muhammad Husayn al-Dhahabî
Muhammad ‘Abd al-‘Azîm al-Zarqani
Abû al-Qâsim al-Khu’i.

3ème niveau

« Le troisième plan de lecture est celui de l’amoureux doué du sens critique.
Sur la question de savoir si le Coran est la parole de Dieu, sa réponse pourrait être : 《Oui, mais cela dépend de ce que l’on entend par « parole de Dieu ».》

Parmi ces amoureux l’on peut citer Fazlur Rahman, Mohammed Arkoun, Abû Zayd et Fuat Sezgin.

4ème niveau

Et maintenant le plan d’approche passe à « l’ami de l’amoureux ». Un intéressé par la relation qu’il a avec l’amoureux et sa bien-aimée.

Celui de l’amoureux doués d’un sens critique et celui-ci sont proches. Il s’ agit en général de non-musulmans qui passent une bonne partie de leur vie à l’étude du Coran et/ou de l’islam. On compte parmi eux :

Wilfred Cantwell Smith,
Montgomery Wyatt,
William Graham et
Kenneth Cragg.

5ème niveau

Le « voyeur », lui, est un pur observateur. Il porte un regard critique et historique sur le texte et sur la religion. Il n’est pas intéressé. Il se veut rationnel, cartésien et analytique. Parfois carrément révisionnistes. citons :

Patricia Crone,
Michael Cook,
John Wansbrough,
Andrew Rippin,
Christoph Luxenborg.

« Ces chercheurs « objectifs » prétendent n’avoir, dans leur approche du Coran, aucune motivation de nature confessionnelle, ni aucune arrière-pensée autre que celle d’analyser le corpus dans l’intérêt de l’érudition. »

6ème niveau

Le dernier plan d’approche de la lecture du Coran est celui que prend le polémiste. Le polémiste a sa propre bien-aimée. Biblique ou sécularisée. Il peut se revendiquer du gnosticisme ou de l’athéisme. Il ne supporte pas que la bien-aimée de l’autre soit plus qu’humaine. D’essence divine. Il veut ramener l’aimée divine au rend de sa propre aimée : simplement humaine et terrestre. De l’ici-bas. Il ira jusqu’à défigurer cette autre pour faire paraître plus belle la sienne.
Jusqu’à accuser l’amoureux de prérogatives religieuses. « Le Coran ne demande-t-il pas de tuer ?, avancent-ils. C’est la bien-aimée qui le lui chuchote. Perfide n’est-elle pas ? » Il faut donc démasquer la bien-aimée, la remettre à sa place.

« Les pamphlets, les tracts et Internet sont les supports d’expression des polémistes. » Ils n’apportent rien au moulin qui puisse le rendre plus efficace.

Pour finir, Farid Esack ne dit pas que son travail avant tout descriptif est désintéressée : « je suis un musulman à l’esprit critique et progressiste, qui étudie le Coran et qui respecte tout effort de recherche sérieuse. « 

Il ne promeut pas une position particulière.

intro

POUR CLARIFIER QUELQUES TERMES.

« Dans l’islam, comme dans toute autre religion, la doctrine s’est développée sur une longue période, et l’un des mots à utiliser avec précaution dans tout travail de recherche critique, pour définir l’opinion de la majorité des érudits musulmans sur un sujet particulier, est « orthodoxie ».
Ce terme suggère qu’il y a une croyance fixée, déterminée par un corps de savants universellement reconnus, que ceux qui sont en désaccord avec elle ou avec des points de détail sont des « hérétiques » et que cette croyance représente l’opinion de la majorité, voire de tous les musulmans.
Ce mot en lui-même est étranger à la tradition savante islamique, où l’on ne trouve que les termes ‘qawl al-salaf al-salih’ (l’opinion des prédécesseurs pieux) ou ‘jamhûr’ (le peuple). »
Pas d’Église en islam, pas de clergé. Une oumma soumise à cette « opinion majoritaire, traditionnelle ou progressiste », populaire ou rurale, non scripturaire ou ésotérique. Il n’y a pas de véritable courant dominant.

L’islam est pluriel et divers.

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