I – Les sagesses antiques

HISTORIOGRAPHIE

Je me souviens mes premiers cours de philosophie, cela remonte à 1977 ! Le prof, royaliste jusqu’au cou, n’ayant jamais pu passer un permis de peur de devoir conduire un jour, nous expliquait l’importance cruciale de sa discipline, qui englobait les autres toutes entières. Le problème, c’est qu’il fallait attendre la terminale pour en faire juste une années, et encore, faut oter les vacances.

Le cours commença par Socrate, il me semble, avec une précision cependant, c’est que la philo avant lui c’était pas de la philo. Il nous avait cité rapidement en intro les « présocratiques », ceux d’avant le maître génial. Depuis que j’ai lu Onfray, je sais que Démocrite, mis dans le paquet, n’en est pas puisqu’il survit à Socrate de plus de trente ans. Il ne fût pas le seul. Je sais aussi que Platon, que je n’ai jamais vraiment aimé, ne pouvait pas voir Démocrite, même en photo. Je sais également qu’il n’y en a que pour Platon. Or, Platon l’enseignant ne corrobore pas les thèses du Platon écrivain, qu’on peut se méfier de ses dires sur Socrate… Onfray répare cet entassements d’erreurs (volontaires et politiques selon lui) en présentant quelques philosophes, différents de ce que le programme de philo a présenté jusque-là.

La philosophie grec n’est pas que platonicienne. Platon, c’est la préférence à l’Idéal et le rejet du réel matérialiste. D’où ses inimitiés avec les autres. « L’idéalisme, en faisant prendre les vessies mythologiques pour des lanternes philosophiques », interdit de penser le monde tel qu’il est, nous projetant dans un arrière-monde inventé. Le Phédon de Platon nous enseigne l’immortalité de l’âme, elle même constituée d’un subtil mélange de terre, d’eau, de feu et d’air. Il déconseille les plaisirs, prône une vie chiante et austère. La récompense viendra après. Pourtant, Démocrite parlait déjà d’atomes et Epicure peaufinerait sa théorie. Avec Lucrèce, on s’approche de l’athéisme. Saint Augustin prendra beaucoup plus tard le sillon de Platon, sur la haine du corps, des plaisirs, des désirs et l’excellence de la mort, thanatophilie paulinienne (saint-Paul ou Paul de Tarse) de rigueur. Le matérialisme, étouffé, ne refera jamais vraiment surface et son corollaire l’hédonisme sera mal vu dans l’ordinaire.

La philosophie scolaire nous induit en erreur. Il nous reste à l’esprit des philosophes antiques professionnels ne faisant que philosopher et écrire des essais. La vérité est qu’ils avaient bien souvent un métier différend qui en faisait presque des gens ordinaires : Protagoras est docker, Socrate sculpte, Diogène est assistant banquier, Phyrron est peintre, Aristippe enseigne… Philosopher se fait à chaque instant, dans les occupations quotidiennes. C’est l’époque moderne qui en a fait une profession.

Tous les philosophes décrits dans les pages que je construis petit à petit (de Leucippe à Jean-François Lyotard) ont un point commun : ils sont plutôt matérialistes mais surtout hédonistes. Leur philosophie ne se fait pas contre le corps mais avec lui, je dirais même pour lui. L’athéisme ne viendra qu’après le Grand Siècle, celui de Louis XIV.

DES OLIGO-TRACES

Ces pages, c’est vingt-cinq siècles qui séparent la philosophie grecque la plus ancienne de l’actuelle. Si la lignée idéaliste y a dans sa quasi totalité survécu -nous avons des tonnes de Platon, ce n’est pas le cas en ce qui concerne les philosophes matérialistes. Quelques rares fragments tombant en poussière qu’il faut protéger, décrypter, étudier, contre l’encyclopédie emmerdante des dialogues de Platon. Heureusement, on en trouve encore sur les chantiers archéologiques, c’et le cas à Herculanum où l’on a mis à jour de nombreux éléments décrivant l’épicurisme campanien. Un bas-relief peut s’avérer déterminant (mur d’Oenanda). Une ancienne décharge peut offrir des trésors de culture enfouie dans le temps… Des fragments de livres, peu nombreux eux aussi, restent à mieux comprendre (Platon, Aristote, Epicure, Diogène Laërce). C’est en 1903 que deux archéologues, Herman Diels et Walter Kranz, ont exhumé des extraits attribués à Pythagore, Anaxagore, Empédocle, Parménide, Héraclite, Leucippe, Démocrite et de plus mineurs. Un trésor pour revoir l’historiographie de la philosophie. Quelques vers éparpillés, du travail pour des décénnies quand même.

Pas facile de déchiffrer un auteur à partir de morceaux minimes de son oeuvre perdue. Une citation ne dit pas grand-chose sur son auteur. Chacun n’interprète pas de la même manière. Il n’y a pas d’histoire objective possible mais rien n’empêche de divaguer subjectivement. C’est aussi ça, philosopher.

La philosophie a dû être un match entre deux grandes tendances : l’idéaliste et la matérialiste. D’un côté Leucippe, Démocrite, Aristippe, Diogène, Epicure, Lucrèce, Horace, etc. De l’autre, leurs contemporains, Pythagore, Parménide, Cléanthe, Chrysipppe, Platon, Marc Aurèle, Sénèque, etc. Atomistes, monistes, abdéritains, matérialistes, hédonistes contre idéalistes, dualistes, éléates, spiritualistes et tenant de la ligne ascétique. Les seconds sont sortis vainqueurs et ce sont eux qui ont écrit l’histoire. Peu crédible. C’est aussi en lisant leurs détracteurs qu’on a pu imaginer qui étaient ces philosophes que le temps a écarté.

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