EPICURE, LE JARDIN ET LE CLINAMEN

Posted in Petites histoires de philosophie, Philosophie du plaisir with tags , , , , , , on 11 mars 2010 by alzaz

Esthétisme, anticonformisme, Epicurisme, + la marque, en –isme que je ne citerai pas. Tout le monde aura reconnu. Le plaisir est un état d’esprit. Un esprit en sale état dirait Epicure en voyant cette pub. Je ne ferai pas une redite sur Epicure si ce n’est pour rappeler qu’il ne reste que quelques feuillets de son oeuvre magistrale. Ce sont ses détracteurs haineux qui, l’ayant sali tant et plus dans leur littérature en osant le traiter de porc et de pourceau, nous renseignent le mieux. Car, en inversant quelque peu leurs torchons, on estime avoir la vérité sur le philosophe. Sachons d’ors et déjà que ce super docteur des âmes vivait philosophiquement dans un jardin et y faisait école (Le Jardin), entouré d’amis plus que d’élèves.

Chassons donc immédiatement le message de bas étage de la pub fantaisiste et malfaisante, puisqu’elle nous met de fausses opinions (pléonasme) en tête ; notamment en faisant des associations idiotes : Epicure se fichait pas mal de l’esthétisme, se moquait d’être ou ne pas être anticonformiste, cela s’adressant aux individus en mal de personnalité. Si cette dernière avait manqué au maître des plaisirs sages, on ne parlerait certainement pas de lui aujourd’hui. Ne mélangeons pas les genres, les philosophes n’ont rien à voir avec Steevy Boulay qu’on trouve dans Wikipédia ! Il ne faut pas confondre notre vaine époque où tout s’est éteint et celle où l’on pensait déjà. Ascétique était la vie du maître du Jardin, la chère était bonne mais sans excès de zèle, pas de quoi faire du mal à la bile.

Sa conception sur l’usage des plaisirs n’a rien de commun. Il y a les « bons » plaisirs, ceux qu’on se donne avec modération si l’on veut apprécier plus longuement. Les mauvais plaisirs nous entraînent dans notre chute, on s’en passera (Ataraxie). Les souffrances ne sont pas forcément les plus mauvaises, car se faire arracher une dent soulage en fin de compte. La quête du bonheur (eudémonisme) chez Epicure est une addition de plaisirs (hédonisme), pas de débauches comme on l’a prétendu. Le bonheur est par définition un état durable et stable. Il ne peut exister sans le plaisir qui est fugace et incertain. Pour Epicure, le stoïcien, l’aristotélicien et le platonicien adoptent une posture ferme, sévère et ascétique uniquement par plaisir. Seul le plaisir motive les hommes, sinon, ils n’auraient jamais eu l’idée du comment on fait les bébés. Si vous me suivez, le masochiste (de Leopold von Sacher-Masoch) n’est esclave intégral de l’autre, pour le meilleur comme pour le pire, uniquement pour le bonheur que cela lui procure. Pour autant, Epicure leur soutiendrait une minute que leur âme est malade et qu’il feraient bien de consulter un bon philosophe.

Epicure doit beaucoup à Socrate même s’il ne l’a absolument pas connu. Comme lui, il pense que nos maux proviennent de notre ignorance. Seuls les moyens d’arriver au but, le souverain bien, sont différents. En sagesse, ils se valent certainement, ici encore les procédés changent. Maïeutique pour Socrate, épiphanie éthique chez Epicure. Nous souffrons donc. constamment nous l’ignorons, mise à part quelques fois. Nous vivons dans la crainte que le ciel nous tombe sur la tête. Nous craignons la mort par dessus tout. Nous nous racontons intérieurement des fariboles sur l’autre monde car nous n’en savons rien. Existe-t-il vraiment ? Epicure s’en contre-fiche éperdument, les dieux n’ont jamais foudroyé les c… . Définition de l’homme ? Si pour Malraux c’est un animal religieux, Epicure aurait dit, animal superstitieux. L’angoisse, le stress et la peur sont comme de la souffrance dans la souffrance. Pourtant, qui ne souhaiterait être heureux ? La seule solution est donc le savoir vrai, la connaissance du monde tel qu’il est et non selon nos propres délires complètement irrationnels. Pour cela, il faut faire appel à la raison.

De quoi est fait le monde ? C’est chez Lucrèce qu’on en apprend davantage sur l’atomisme d’Epicure. La génération spontanée (du néant viendraient les choses) n’existe pas. Si Louis Pasteur l’a démontré au XIXème siècle et que quelques uns y croient encore au XXIème, certains l’admettaient déjà au Vème avant J.-C.. Leucippe et Démocrite sont les pères de la théorie atomiste. Le monde est fait d’atomes (a-tomos = insécable) et de vide. Pour le vide, nous pensons actuellement que ce n’est pas totalement vrai. Pour les atomes, 18/20 quand même. 2 points en moins pour les avoir crus crochus. De là, l’éternité de l’univers dans le temps et son infinité dans l’espace, il n’a pas d’extrémités.

De la théorie atomiste, nous en sommes arrivés à l’hypothèse matérialiste. Sans savoir ce qu’était la pesanteur, on savait que la matière tombait toujours verticalement. Or, la matière est faite d’atomes unis les uns aux autres par affinités et selon leurs aspérités externes. Les atomes isolés chutent dans le vide, parallèlement entre eux mais ils se rencontrent ; autrement, il n’y aurait aucun corps matériels. Quelle force induit les rapprochement ? Le clinamen est la déviation spontanée des atomes par rapport à leur chute verticale dans le vide, qui leur permet de s’entrechoquer et de s’unir, de s’accrocher. Mais rien n’explique le clinamen ; Epicure penche (peut-être par facilité, sans doute à cause de ses limites cognitives) pour une liberté dont disposerait la nature, celle-ci étant soumise autant au hasard qu’à la nécessité.

Leçon d’Epicure :

A priori, un mort n’a plus ni réactions ni sensations. Aujourd’hui, on en est à peu près certains, nos appareils électromatiques sont de plus en plus fiables, ils nous montrent des électro-cardio-grammes et des encéphalo-grammes plus plats que la Hollande. Pourtant, l’homme est timoré devant la mort, il se voudrait tellement éternel. Avant la mort, nous n’avons aucun rapport direct avec elle sinon nous serions déjà morts. Quand elle est là, nous n’y sommes déjà plus. Pas plus de relations avec la camarde donc. Tant que je dis je suis mort, c’est que je suis toujours vivant. Pourquoi avoir peur ? c’est stupide. Oui mais, et l’âme ? Si tant est qu’elle existe, comme tout le monde, elle est faite d’atomes, elle périra et se décomposera tout comme le corps son support. Aucune crainte à avoir, on peut commencer à vivre réellement.

Ce qui fit fureur dans Rome et dans toute l’Italie, bien avant que saint Paul ne polluât tout à fait la fête.

Sur un vieux mur de la Grèce Antique, Diogène d’Œnoanda fit graver 500 ans plus tard :

IL N’Y A RIEN A CRAINDRE DES DIEUX

IL N’Y A RIEN A CRAINDRE DE LA MORT

ON PEUT ATTEINDRE LE BONHEUR

ON PEUT SUPPORTER LA DOULEUR

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ESSENTIEL PLATON

Posted in Petites histoires de philosophie, Philosophie de la sagesse, Philosophie idéaliste with tags , , , , , , on 22 février 2010 by alzaz

Je vous renvoie à l’article C’EST QUOI L’IDEAL ? pour lire ou relire le mythe de la caverne rapporté par Platon. J’aurais tendance à l’attribuer à Socrate mais je n’en sais pas plus que ceux qui prêtent plutôt autorité à Platon (427 – 347 av. J.-C.). Je ne peux tout de même pas rabaisser systématiquement un grand philosophe parce que je ne l’aime pas, d’autant plus qu’il aurait pu faire grand bien si on l’avait utilisé à dose homéopathique comme les autres. Mais voilà, notre civilisation est platonicienne à l’excès, infectée par toutes sortes d’idéologies, l’idée des Idées-entités venant bien de Platon.

Je résume l’allégorie de la caverne : les hommes, attachés et prisonniers dans leur caverne, ont pour unique vision des images mouvantes sur une des parois de la roche. Derrière eux mais ils ne le savent pas, d’autres créatures passant de long en large, munis de torches qui transfèrent en ombres vivantes les formes immobiles de la roche qui s’intercalent. La perception, que nos prisonniers en ont, est prise pour le réel. Si l’un d’entre-eux a la chance d’être détaché et d’en avoir la révélation, il découvrira, en se retournant, les choses matérielles qu’un faible feu éclaire, générant ainsi les images pariétales flouées. S’il cherche bien, il trouvera une sortie, située plus en haut, qui débouchera sur un extérieur à la caverne. Dehors, le soleil éclaire beaucoup mieux qu’un feu, mais il ne remarquera pas immédiatement l’astre brillant ; il sera d’abord aveuglé puis, une fois les yeux accoutumés, il percevra dans la lumière des objets nouveaux, mieux éclairés, et en saisira une autre réalité,  subjugant la précédente.

Traduisons maintenant la parabole de Platon : Les hommes sont prisonniers de leurs sens (vue, ouïe, odorat…) auxquels ils sont fortement attachés. Le monde de la caverne sera donc le monde sensible de Platon, le monde que seuls nos sens peuvent éprouver. Dehors, il n’est plus question de sens mais d’intelligence, au sens pur, seule capable d’appréhender les objets abstraits et d’en saisir le sens mentalement. Platon propose l’idée forte d’un monde intelligible, opposé au monde sensible de l’ordinaire, un monde sans lieu ni temps, éternel et immuable, incorruptible et universel. Nous sommes les hommes de la caverne et nous nous fions davantage à nos sens qu’à notre raison, victimes de notre conditionnement. Nous prenons des apparences et des illusions (simulacres) pour vérités, plus précisément pour la réalité. Ce qui nous échappe cependant, c’est justement le monde des Idées (eïdos = la forme), car il nous rapprocherait considérablement du monde réel. Le chemin qui conduit de la grotte à l’extérieur est ascensionnel, il nécessite de l’effort et du temps. De même qu’on n’apprend pas à jouer d’un instrument de musique en quelques jours, s’élever au monde des idées est une chose ardue qui demande énormément d’abnégation et de patience. On n’élève pas son enfant comme on élève les poules !

Je reviens de chez des amis et j’ai osé lancer le débat sur le réel et sur la vérité, juste comme ça, pour voir. Pas manqué, l’un se dit certain qu’il n’y a pas UNE vérité, mais autant de vérités qu’il y a d’êtres humains sur Terre, ce pour une même chose. Je rappelle Protagoras : l’homme est la mesure des choses, ce qui revient à dire que si j’ai chaud, l’autre peut très bien trouver qu’il fait froid, et lui fait remarquer qu’il parle sans doute d’opinions, pas d’idées au sens platonicien. Il ne fait pas la différence, par manque d’entraînement sans doute. C’est là qu’on voit que se cultiver va bien avec s’élever. Je prends les choses à la Socrate, c’est à dire qu’on part de rien, sachant qu’on ne sait qu’une chose : qu’on ne sait jamais rien (lire LA PART DIVINE DE SOCRATE ). Je lui demande la racine carrée de 2, il l’ignore mais la machine le sait : 1,414 et des poussières pour ceux qui auraient oublié. Je lui donne une feuille quadrillée, un crayon, un double-décimètre ainsi qu’une équerre au cas où… et je lui demande de tracer un carré de 10 cm de côtés. Enfin, je lui intime de mesurer la diagonale de son carré (divisé par 10 pour ramener le tout à l’unité), il trouve 1,41 ! Magique, non ? Ben non, pas magique, il s’agit de Vérité. De ce qui doit pouvoir être vrai pour tous, quel que soit l’endroit ou bien l’époque. C’est ça une vérité immuable et pataquès. Il en était stupéfait et avait fait un bond de plusieurs milliers d’années d’évolution de la connaissance, vers les cieux. Les mathématiques sont imparables !

Nos sens nous disent que le soleil tourne autour de la terre et que celle-ci est plate. Doit-on les croire ? Avec Platon, il ne s’agit plus de sensations personnelles mais de vérités scientifiques, n’oublions pas qu’il était géomètre avant tout. Avec l’élévation vient l’éducation. De e(x)ducere , « conduire hors de ». Connaître, c’est, sortir du chemin naturel de la facilité pour rejoindre le culturel, tortueux et pentu ; c’est, quitter le monde sensible pour lui préférer l’intelligible. Platon précise : atteindre ce que les choses sont en elles-mêmes, toucher à leurs essences, indépendantes des apparences. Platon nous offre le christianisme païen (pagano-christianisme) sur un plateau et sans le savoir : l’autre monde existe bel et bien et, si les choses ici-bas changent en apparences, ce qu’elles sont en elles-mêmes, leurs essences ne changent pas, elles existent ainsi de toute éternité. Platon leur donne le nom d’Idées -avec une majuscule, c’est dire la supériorité d’un monde imaginaire sur le monde tangible. Mais Platon n’a pas tout faux.

Qu’arrive t-il au prisonnier revenant annoncer à la gent rupestre la bonne nouvelle, celle de l’existence de la Sagesse, du Beau, du Bien et de la Justice comme essences subtiles ? Les autres prisonniers s’agrippent à leurs opinions et l’histoire montre qu’il vaut mieux ne jamais parler Vérité, c’est fort mal pris par nos orgueils mal placés. Socrate fit l’amère expérience de la cicutaire et, quatre siècles plus tard, un certain Yeshoua, mais on n’en est pas sûr, aurait été mis en croix pour avoir voulu nous éclairer sur l’Equité et l’Honnêteté. Nous sommes pauvres, il nous manque l’essentiel et l’école ne nous élève pas tous de la même façon, elle est insuffisante comme l’est l’éducation que nous donnent la plupart des parents. Ne leur reprochons rien, ils nous ont donné le sens de cet en-haut et peut-être, pour moi cela aura été le cas, une envie de nous y rendre par nous-mêmes à pleine puissance. Et puis, pour Socrate, il faut retrouver en soi ce que l’on sait déjà, un peu comme si avant de naître, notre âme avait été plongée dans le savoir cosmique, le monde des Idées. C’est par le dialogue, l’art de la dialectique pour Platon, que l’un peut éclairer l’autre, non en lui imposant ce qui lui est étranger, mais en le lui démontrant par la raison avertie.

Leçon de Platon :

Le bien étant ce que l’on veut pour soi-même, l’ignorance est le mal. Mais nul ne fait le mal autrement que par ce genre d’insuffisance, ce n’est jamais volontaire. Et c’est là l’entorse à l’apport de Platon fait au christianisme, ou bien cela n’a pas été bien compris, le péché n’existe pas puisque personne ne sait qu’il fait le mal vrai, il le prend au contraire pour un bien, un bien pour lui-même, à l’exemple d’un voleur. La confusion inhérente à l’ignorance nous induit en erreur : nous mélangeons ce qui est un bien pour soi et ce qui est un bien en soi. Le premier est du monde sensible, apparent, le second du monde intelligible, vrai par essence. C’est donc par ignorance que nous prêtons de la valeur aux apparences de ce monde, à l’argent, au sexe et aux plaisirs immédiats. Nous prenons pour un vrai bien ce qui n’est qu’illusion et nous restons dupes de nos opinions, en général opinions les plus communes. C’est par le mal qu’on fait le mal, l’ignorance est seule responsable de nos actes, pauvres innocents que nous sommes.

PAS DE TONNEAU POUR DIOGENE

Posted in Petites histoires de philosophie, Philosophie critique, Philosophie de la morale with tags , , , , , , on 7 février 2010 by alzaz

Dans le monde de la philosophie occidentale, vous trouverez de nombreux Diogène. Sur cinq siècles durant,il y a le pré-socratique, le stoïque, le très connu Diogène de Laërce, philologue et historien de la philosophie, l’épicurien… Donc, ne pas confondre. Notre Diogène, dit le cynique (de cynos = chien), né à Sinope (Asie mineure) vers 410 et mort à Corynthe (ou à Athènes) vers 320 av. J.-C.. Contemporain de Socrate, bien qu’il ne l’ait pas connu car trop jeune, Il suivra le tracé philosophique d’Anthistène qui est, sans aucun doute, l’initiateur de la pensée cynique. Diogène de Sinope et consorts parachèveront l’oeuvre du maître en fondant l’école cynique, concurrente des autres écoles de période classique (l’Académie de Platon, le Lycée d’Aristote, le Jardin d’Epicure, le Portique des stoïciens…). Il est utile de préciser qu’il fût contraint à l’exil pour avoir aidé son père à falsifier de la monnaie.

Du sage philosophe, Diogène n’en donne pas l’image. Au contraire, plutôt que dispenser de longs discours, il adoptait en permanence une attitude provocante et arrogante dont on pouvait tirer de vraies leçons de philosophie, à condition de posséder un esprit très ouvert ! Mais ce comportement devait plus déranger et choquer qu’il n’aidait à faire progresser les âmes. Socrate, considéré comme l’exemple du philosophe, vivait humblement et était vêtu pauvrement, mais son attitude n’avait jamais été provocatrice. Diogène marche pieds-nus ; il mendie ; il n’a pas de vie privée où nous l’entendons, car il mange, se masturbe, défèque… devant tout le monde ; il dort dans une amphore en pleine place publique (le tonneau, d’invention gauloise, n’existait pas en Grèce à cette époque) et bien d’autres anecdotes nous parlent d’un homme bizarre, aux allures éternellement étranges.

« Ôte-toi de mon soleil« , aurait-il balancé au grand Alexandre qui lui demandait, devant la bouche de son amphore, ce qu’il pouvait désirer de plus cher. Réponse du Macédonien : « Si je n’avais pas été Alexandre, j’aurais aimé être Diogène« . C’est dire que, malgré la réputation de chien (cynique) qui lui était faite, ceux qui comprenaient Diogène l’appelaient « grand », cela venant même de plus grands encore. Il y a deux façons de percevoir Diogène. La plus répandue décrit ce philosophe à l’état brut, totalement réduit à l’apparence, une bête en somme. Il n’y a rien à en retenir sinon le mauvais exemple qu’il nourrira. La seconde, plus subtile, nous mène à faire une critique des normes sociales par le renversement de leurs valeurs.

Quand Platon définit l’homme comme un bipède sans plumes et sans cornes, l’outrancier personnage plume un poulet, lui coupe les ergots et l’exhibe au public en criant haut et fort « voici l’homme de Platon !« . Platon de rajouter alors : « aux ongles plats« . L’Histoire nous a imposé Platon et autorisé l’autodafé de l’oeuvre de Diogène. C’est ainsi. Plus tard, Diogène portera sa célèbre lanterne en expliquant qu’il cherche un homme, sans doute l’homme idéal de Platon. Pour ce dernier, Diogène, c’est Socrate devenu dingue. Fraudeur à l’occasion et calculateur un peu radin, il ne falsifiera pas seulement la monnaie, il passera toute sa vie à contre-faire les mœurs de la société athénienne.

Car Diogène n’est pas le négateur des valeurs sociales, il les renverse. Si Aristote et Platon parent l’homme d’une nette supériorité morale sur l’animal, Diogène prône une vie à l’exemple du chien, car lui, simple bête, est dépourvu, à l’instar du divin, d’angoisses et de désirs. Le chien est bien supérieur à l’homme. Les conventions font tous nos maux ? renversons-les, soyons libres et heureux. La civilisation, c’est la guerre ? soyons barbares mais pacifiques. Les beaux discours servent le pouvoir ? aboyons, mordons…

Leçon de Diogène :

Premièrement, ni l’intelligence ni la pensée de l’homme ne font de lui un être supérieur ; bien au contraire, cela l’handicape, par rapport à l’animal, en le privant de sa véritable liberté. Deuxièmement, la cité fermée n’est pas le modèle idéal pour l’accomplissement humain ; les repères, que sont les lois, représentent le meilleur moyen de perdre son âme ; les lois ne sont jamais justes et servent les puissants. Vivre sans cité (sinon cosmopolite), sans maison (le premier abri fait l’affaire) et sans règles politiciennes (anarchisme), cela ne fait-il pas de Diogène le précurseur du développement durable ?

Bonus : Il existe infiniment plus d’hommes qui acceptent la civilisation en hypocrites que d’hommes vraiment et réellement civilisés.
[ Sigmund Freud ]

LA PART DIVINE DE SOCRATE

Posted in Petites histoires de philosophie, Philosophie de la sagesse with tags , , , , , , on 22 janvier 2010 by alzaz

Socrate ? Connais pas. D’œuvre écrite, il n’en a pas laissé ; le philosophe du grand siècle de Périclès n’était pas logographe. Comme pour Bouddha et comme pour Jésus -tous deux philosophes par ailleurs-, seule la parole vivante doit s’exprimer. Ce sont Platon, Plutarque, Xénophon, Apulée… qui nous le font connaître à leur manière. Et encore, sur cinq siècles, passée la mort du maître. Né à Athènes en 470 av. J.-C., il est condamné à mort, dans sa soixante et onzième année, par le tribunal populaire (l’Héliée) de la cité grecque, qui l’accuse d’impiété à l’égard des dieux de la cité et de corruption de la jeunesse. Il aurait pu fuir mais, les lois qui l’ont toujours protégé, il les respectera même si elles le condamnent.

Sa défense, qu’il improvise, se base en premier sur une absence totale de doctrine philosophique personnelle : « je ne sais qu’une chose, dit-il, c’est que je ne sais rien », ce qui peut jeter le trouble, venant d’un tel philosophe ; surtout lorsqu’à l’époque, tous les philosophes (ou presque) sont des sophistes qui, par définition, savent tout. Socrate, contrairement à ces pseudo-savants, n’enseigne rien de précis. Il pratique différemment. Partant du fait que l’on ne sait rien, il interroge, questionne, triture les esprits. L’avantage de Socrate ? C’est qu’il est un ignorant qui ne s’ignore pas ; refusant le « prêt-à-penser », le savoir pré-établi, l’ignorance inconsciente d’elle-même – certitude de soi et préjugés, la réflexion socratique part éternellement de zéro pour construire un savoir à peu près fiable mais éphémère. Socrate imite sa mère qui était sage-femme, il fait, à force de maïeutique, accoucher de la vérité les âmes.

En second lieu, il fait un drôle d’aveu aux jurés du tribunal : « […] comme vous me l’avez maintes fois et en maints endroits entendu dire, se manifeste à moi quelque chose de divin, de démonique […]. Les débuts en remontent à mon enfance. C’est une voix qui, lorsqu’elle se fait entendre, me détourne toujours de ce que je vais faire, mais qui jamais ne me pousse à l’action. Voilà ce qui s’oppose à ce que je me mêle des affaires de la cité […]. » Platon in « Apologie de Socrate ». Donc, le père de la philosophie entendait des voix, ou plutôt une voix, celle qu’il ‘attribuait à son démon intérieur ou « daïmon familier ». Le démon de Socrate n’est aucunement démoniaque, bien au contraire (*). Il possède toutes les caractéristiques du divin. Pratique quand on veut donner à ses propos un caractère incontestable (car divin) ou lorsqu’on veut se dédouaner d’eux quand ils outrepassent les règles de la cité : dépersonnalisation  fonctionnant comme tactique visant à préserver sa liberté d’expression ? (Cf. Agne D in « Le démon de Socrate: un masque de liberté »). En fait, il est sans doute certain que Socrate s’en remettait réellement à ce génie non égotique pour pratiquer son art dialectique si innovant. Socrate rejoint ainsi les gymnosophistes hindoux pour lesquels il y a, en chacun de nous, un être émanant du divin, de l’Être unique et, même s’il s’agit de sa raison et de son jugement, ce démon familier, qui n’est pas l’ange gardien des chrétiens mais le Soi des Hindoux, est vu par Socrate comme un don, une portion de la divinité. Socrate, loin de commettre d’impiété envers les dieux, était un sage sacrément mystique.

Leçon de Socrate :

La mort n’est pas à craindre, elle n’est pas un mal. On ne sait rien et il faut le savoir. C’est tout le sens du « Connais-toi toi-même » signifiant pour Socrate : « sache que tu n’es qu’un homme qui a des opinions, des désirs et des préjugés », seule condition pour débuter la réflexion philosophique. Se reconnaître comme fatal ignorant, c’est, en fait, posséder le plus précieux des savoirs. Il permet l’interrogation, sans que le préjugé ne serve de base, et la construction d’une connaissance bien assise. Enfin, si l’égo, fier et vaniteux, ne sait jamais rien, le Soi, ou démon familier, connaît toutes les réponses aux questions rationnelles ; il suffit de se connaître soi-même à la façon de Socrate puis de consulter à chaque fois la part divine qui est en nous. Facile à dire…

(*) ANNEXE

Le démon de Socrate selon Apulée : « Ce démon dont je parle, gardien privé, préfet personnel, garde du corps familier, curateur particulier, garant intime, observateur infatigable, juge inséparable, témoin inévitable, réprobateur quand nous agissons mal, approbateur quand nous agissons bien, si nous lui accordons l’attention qu’il requiert, si nous cherchons de tout cœur à le connaître et si nous l’honorons pieusement comme Socrate l’a honoré avec un esprit de justice et d’innocence, nous offre sa prévoyance dans les situations incertaines, ses conseils dans les situations difficiles, sa protection dans le danger, son assistance dans la détresse et il peut, par des songes, par des signes ou même par sa présence quand le besoin s’en fait sentir, détourner le mal, faire triompher le bien, relever ce qui est à terre, soutenir ce qui chancelle, éclairer ce qui est obscur, diriger la bonne Fortune, corriger la mauvaise ».

ABSURDE ZENON ?

Posted in Petites histoires de philosophie, Philosophie réaliste with tags , , , , , , on 11 janvier 2010 by alzaz

Zénon (Vème siècle av. J.-C.) est un philosophe grec de la période dite présocratique. D’après Platon et Diogène de Laërce, il fut le principal disciple de Parménide dont il devint l’ami. Comme lui, il vécut en Campanie, dans le sud de l’Italie, plus précisément dans la colonie phocéenne d’Elée, ville dans laquelle Xénophane de Colophon avait fondé l’Ecole éléatique. Parménide avait pour expression  » l’Être est, le Non-Être n’est pas « . Dit autrement, l’être est un, indivisible et immobile. La multiplicité et le mouvement ne sont qu’illusion. Parce qu’il en eut, à l’évidence, son jeune ami Zénon imagina des arguments irréfutables qui permettraient de faire tourner ses détracteurs en bourriques. En voici deux qui concernent le mouvement :

Avant qu’un corps en mouvement puisse atteindre un point donné, il doit d’abord traverser la moitié de cette distance ; avant qu’il puisse atteindre cette (deuxième) moitié, il doit d’abord en traverser (la moitié) le quart et ainsi indéfiniment.

Si, dans une course entre Achille et une tortue, la tortue a de l’avance sur Achille, celui-ci ne pourra jamais la rattrapper, quelle que soit sa vitesse ; car, pendant qu’Achille court pour atteindre le point d’où est partie la tortue, celle-ci avance de telle sorte qu’Achille ne pourra jamais annuler cette avance.

La preuve par l’image :

Au temps t0, la tortue part avec de l’avance sur Achille.
Au temps t1, Achille arrive à l’endroit d’où était partie la tortue à t0. Pendant ce temps, la tortue a avancé jusqu’à la position du temps t1.
Au temps t2, Achille arrive à la position qu’avait la tortue au temps t1 pendant que celle-ci a encore avancé.

Puisqu’Achille doit toujours passer par l’endroit où se trouvait la tortue au temps précédent, Achille ne la rattrappera jamais alors que tout le monde sait quel héros à la condition physique redoutable il fait.

La réalité on la connaît puisqu’Achille dépassera la tortue à un moment donné. Cependant, les arguments de Zénon d’Elée ne seront pas réfutés aussi facilement qu’on peut le croire. Diogène de Sinope crut pouvoir le faire en se levant et en marchant mais c’était sans doute un peu faible car cela ne démontre pas, par la pensée, qu’Achille rattrappe la tortue. Nous en sommes tous bien incapables selon Zénon.

En suivant le raisonnement de Zénon, Achille ne bouge même pas puisque pour franchir une distance il doit d’abord en atteindre la moitié, donc le quart qui est aussi la moitié de la moitié auparavant et ainsi de suite : Achille finit par être complètement bloqué tellement il lui faudra passer par une infinité de points. Au final, le mouvement n’existe pas. C’est en tout cas ce que montre un autre argument de Zénon :

♦ « La flêche lancée est toujours immobile ; en effet, tout corps est soit en mouvement, soit en repos, et il est en repos quand il se trouve dans un espace égal en son volume ; or, la flêche se trouve, à chaque instant, dans un espace égal à son volume ».

Que l’on découpe le mouvement, infiniment ou pas, à chaque instant, t0, t1, t2, un mobile qu’on lance est immobile (comme quand on prend une photo). Donc, si à chaque instant le mobile ne bouge pas, cela signifie qu’il ne bouge jamais. CQFD. La pensée, plutôt que de pouvoir rendre compte du mouvement, nous démontre que le celui-ci n’existe pas !

Leçon de Zénon d’Elée :

Zénon nous montre que la pensée est incapable de rendre compte de la réalité du mouvement tout simplement parce que le mouvement n’est qu’apparence. La vraie réalité de ce qui est est ce qui reste identique à soi. Si l’être est, il ne peut pas être autre que ce qu’il est. De fait, « l’être est, le non être n’est pas » est une préposition vraie alors que « l’être n’est pas » ou « le non-être est » sont de fausses prépositions. Comme 2 = 2 est toujours vrai et 2 = 4 toujours faux. Pour Parménide comme pour Zénon, la réalité consistait en une unité éternelle et immuable, tout le reste n’étant qu’apparence. Mais comment, si on n’est pas trop d’accord, prouver le contraire ?

THALES ET LE PUITS

Posted in Petites histoires de philosophie, Philosophie rationaliste with tags , , , , , , on 18 décembre 2009 by alzaz

Thalès de Milet (actuelle Turquie) ou l’avant-Socrate (VIème siècle av.J.-C.). On connait de lui le fameux « théorème de Thalès » mais, manque de bol, il n’est pas de lui. On ne sait, par ailleurs, si Euclide ne l’avait pas déjà emprunté aux Babyloniens. Géomètre, il l’était et il nous a légué cinq théorèmes de la géométrie élémentaire. Il est moins connu pour avoir été l’un des sept sages de la Grèce. Il s’est associé à deux autres philosophes (Anaximandre et Anaximène) de la ville de Milet pour fonder l’Ecole milésienne de philosophie.

Avant les philosophes pré-socratiques, la nature (physis) était expliquée en se basant sur l’intervention permanente d’êtres anthropomorphiques aux facultés impressionnantes, dont regorgent les légendes grecques (dieux, demi-dieux…). On ne se lassait de répéter et de commenter les récits anciens pensant ainsi détenir la théorie la plus rationnelle qui soit sur le cosmos, mais cela ne suffisait pas à Thalès pour comprendre le monde.

Dans le « Théétète » de Platon, Socrate raconte la légende qui court sur Thalès :  » Il observait les astres et, comme il avait les yeux au ciel, il tomba dans un puits. Une servante de Thrace, fine et spirituelle, le railla, dit-on, en disant qu’il s’évertuait à savoir ce qui se passait dans le ciel, et qu’il ne prenait pas garde à ce qui était devant lui et à ses pieds. La même plaisanterie s’applique à tous ceux qui passent leur vie à philosopher.  » L’image du philosophe le nez vers les étoiles et la tête dans les nuages était née. Si la servante s’arrêtait aux apparences, il faut dire que Thalès était descendu volontairement dans le puits afin de calculer la projection des ombres et le mouvement des astres. En géométrie, il passait pour un mage. Il savait calculer la hauteur d’une pyramide en mesurant la longueur de l’ombre au sol de celle-ci et celle de l’ombre d’un bâton d’une grandeur donnée. Il aurait même fait fortune après avoir prévu une récolte d’olives abondante et qu’il eut louer un grand nombre de pressoirs. Loin de se fier aux apparences, Thalès ouvrait une voie nouvelle à la pensée rationnelle sur la base d’une simple observation de son environnement.

Si le monde qui nous entoure est trop complexe pour pouvoir le comprendre, Thalès propose de remédier à tant de diversité en essayant de découvrir le principe de base qui fait le monde. Pour cela, il faut réduire le multiple à l’unité et le complexe au simple.  L’idée « d’un élément simple sans lequel il n’y aurait rien et qui serait le principe de tout ce qui existe » venait de germer. Cet élément sera l’eau pour Thalès, le mouvement pour Héraclite, le nombre pour Pythagore…

Leçon de Thalès :

Ce que nous voyons du monde n’est pas forcément ce qu’il est réellement. Si l’on veut comprendre ce monde, il faut se défaire des apparences et ne jamais sombrer dans les croyances ou l’irrationnel. La philosophie débute donc par la confiance que l’on met en la raison plutôt que par le crédit qu’on accorde aux mythes et au surnaturel…

L’EPISTEMOLOGIE

Posted in Epistémologie with tags , , , , on 1 septembre 2009 by alzaz

L’EPISTEMOLOGIE OU L’ETUDE DU SAVOIR NOBLE

Pythagore

Chez les Grecs de l’Antiquité, la connaissance était de trois sortes :
– la « gnomè » ou savoir vulgaire ; celui du grand nombre guidé par l’intuition (instinct) ; c’est un savoir entaché de fausseté, de croyance, de superstition…
– « l’épistémè » ou savoir noble ; celui du philosophe, de l’érudit, du savant ; de l’amateur de vérité,
– le « noûs » où savoir total et sagesse ne font qu‘un.

Science et Renaissance

Chez nous -la plèbe d’aujourd’hui-, savoir, connaissance et science se confondent facilement mais je prendrai le mot « science » ainsi que le font les anglo-saxons, c’est-à-dire comme expression des connaissances du moment (épistémè) en général et au sens large – chez les Français, la tradition l’associe davantage à la technicité et à la méthode dite scientifique. D’où, la traduction du terme épistémologie par « théorie de la connaissance » : autrement dit la critique et l’analyse du savoir comme expérience débordant la science.

La Sorbonne

Chez nos Antiques, réflexion philosophique et science étaient indissociables et cette cohérence venait en partie de ce que la science de l’époque manquait d’une grande pluralité. La complexité de la science moderne, ou science au sens strict, a créé une démarcation assez nette entre les champs philosophique et scientifique. Cependant, au fur et à mesure des découvertes post-coperniciennes, la promesse d’un bonheur humain totalement conditionné par la science ne semblant pas se réaliser, nombre de philosophes ont polémiqué sur la portée et la valeur de cette connaissance.

Par ailleurs, cette multiplicité des domaines scientifiques et des procédures conceptuelles qui les accompagnent devraient nous empêcher d’employer le mot « science » au singulier car se pose le problème de son unité. Les sciences, donc, ont leur histoire qui devra aller de paire avec toute réflexion philosophico-épistémologique si l’on veut un tant soit peu redonner une unité au savoir humain.

Cercle de culture

Actuellement, l’accélération du progrès scientifique et les pouvoirs que confère le savoir à ceux qui le détiennent sonne l’urgence d’une réflexion à la fois épistémologique (valeur de la science), éthique (raison de la science) et politique (rôle de la science). A ce « capitalisme » scientifique par accumulation de savoirs et qui peut générer des confusions mentales et des dérives, vient se rajouter la mode répandue pour ce qui paraît surnaturel, incompréhensible et irrationnel. Encore faut-il rappeler que science et subjectivité ne doivent s’accorder ; l’une relevant de la raison universelle, l’autre étant le produit d’une émotion spécifique à chacun. Le philosophe s’en tiendra à une approche de la science déshabillée du monde des passions.

Qu’on ne s’y méprenne pas, s’il m’arrive parfois de traduire « épistémologie » par « science de la science », il s’agit en fait d’un raccourci assez réducteur mais qui permet au profane de s’en faire une idée. L’épistémologue devra se pencher tout aussi bien sur l’histoire des sciences (actes) que sur les œuvres littéraires qui les concernent (philologie); il s’attellera à une étude sociologique de leur organisation et des institutions scientifiques ; il devra également cerner leur incidence dans la vie sociale. Ce, afin d’en connaître seulement le contexte. La démarche sera complète après travail philosophique, avec pour seules mais cruciales contraintes de ne point sombrer dans l’idéologie scientiste ou antiscientifique et de faire preuve constante d’humilité ; l’épistémologue ayant beau être savant il n’en est pas moins homme… faillible. Ainsi, d’après Gilles Gaston Granger, la classification suivante :

La philosophie de la science ou l’épistémologie post-cartésienne :

René Descartes

C’est Descartes qui marquera la première grande étape de l’épistémologie. Sa réflexion le portera dans un premier temps à exprimer la notion de « rationalité de l’étendue » en réduisant la géométrie à une algèbre, c’est-à-dire au calcul. C’est donc la mathématique qui nous permet, selon le philosophe, de connaître, sans ambiguïté et dans leur être même, les substances matérielles.

Mais Descartes marquera aussi son temps par l’importance qu’il attribuait à l’expérimentation. Mais l’expérience peut confirmer par les résultats une hypothèse déduite par raisonnement méthodique sans pour autant que celle-ci puisse être démontrée. Lorsqu’il ne pouvait démontrer la cause d’un phénomène, il s’appuyait sur la puissance divine.

La philosophie transcendantale ou l’épistémologie post-kantienne :

Emmanuel Kant

Kant a établi un lien très fort entre l’objet de la science et son prolongement direct, l’objet perçu. Il développa ainsi sa théorie de la « rationalité de la perception ». C’est parce qu’il y a des formes a priori, c’est-à-dire prédéterminées, de la perception que la science devient possible. Chez Kant, la physique devient le modèle le plus complet de la connaissance scientifique de ce monde, connaissance prise comme activité de « l’entendement ». C’est sur la notion d’a-priori que le regard des épistémologues se portera car, si notre science nous permet bien a priori de décrire les objets physiques, les règles établies relèvent davantage d’un choix opportun que de contraintes incontournables inhérentes à la pensée humaine. On pourrait tout aussi bien arriver à décrire ce monde comme si l’univers était non euclidien.
La critique de la conception kantienne de la science a conduit surtout à rejeter l’idée de finalité dans l’univers dès lors qu’on a pu formuler une théorie de l’évolution de la vie assez cohérente et ne reposant sur aucun a priori divinement transcendantal.

La philosophie de la logique ou l’épistémologie post-russellienne :

Bertrand Russell

Plus contemporain est Bertrand Russell, philosophe qui opposera au rationalisme kantien de la perception son rationalisme du langage. Son œuvre épistémologique reposera sur la mise au point d’un système symbolique aux règles rigoureuses permettant de dépasser le champ mathématique de la science et de faire apparaître la forme logique de cette dernière. Russell était assez préoccupé par la nécessité idéale d’une expression logique du savoir.
Après la mathématique géométrique vue par Descartes et la physique prédéterminée vue par Kant, les sciences naturelles, puis les sciences humaines, feront l’objet, grâce à Russell, de la philosophie analytique, tendant à montrer l’impact de la langue naturelle sur la pensée scientifique autant que sur la pensée en général.

billmirror

Dans la rubrique « Le vrai le faux occidentaux », vous avez pu lire cinq textes d’inspiration épistémologique (L’ARCHE DE NOE ET LA SCIENCE, LE FAUX LE VRAI, GOETHE L’HERESIARQUE, EVOLUTIONNISME ET SPIRITISME : LE CAS WALLACE et CANTOR, L’INFINI ET DIEU) de Pierre Thuiller, dans lesquels le spécialiste reconnaîtra les trois courants de pensée. Je tenais à y montrer qu’il n’y a pas de science possible sans objectivité maximale, c’est-à-dire que le sujet observant doit s’effacer autant que faire se peut devant l’objet observé ; il fallait également entendre que le rationnel doit se rendre maître de l’irrationnel en s’appuyant sur une logique mathématique et de langage, dénuée d’a-priori et de finalité idéologique.

Scientologie

De l’erreur irrationnelle et/ou idéologique naissent le scientisme (la science peut tout), l’occultisme (le savoir comme mystère) et l’ésotérisme (le savoir est caché au vulgum pecus). Au lieu de servir de phare pour éclairer la marche de l’humanité, la science pourrait conduire aux pires des régimes totalitaires. L’homme est avant tout poète, conçu pour le rêve, à l’égal des dieux comme créateur d’idées, à leur image en terme de puissance, encore ne faudrait-il pas en oublier la supposée sagesse absolue.

Je soulignerai pour terminer, le malheureux amalgame fait entre vérité et réalité. Que ne m’affirme-t-on pas lors de discussions, et c’est paradoxal, que la vérité n’existe pas, en enchaînant une phrase avec son bien faux synonyme : « …surtout que la réalité blablabla ». Précisons tout de même : chacun construit sa réalité, une réalité parmi les 6,5 milliards d‘autres, alors que la vérité « est », unique, universelle. Nos cinq sens, lorsqu’ils sont intègres, ne nous trompent pas en vérité, c’est notre Ego qui s’en charge. Alors comment distinguer le vrai du faux ? Le faux, nous le fabriquons comme « vérité » pour arranger ou flatter l’Ego ; quant à la vérité, c’est ce qui, le plus souvent, nous blesse et nous gène profondément, nous qui vivons dans le mensonge organisé. Ce qui m’humilie, qui me rappelle à mon humilité (humus = terre), est fréquemment Vérité.

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