Archive pour Farid Esack

CORAN, MODE D’EMPLOI (3)

Posted in Religions, Textes rapportés with tags , , , , , , on 15 août 2014 by alzaz

coran

Chapitre 1

Le Coran dans la vie des musulmans

Farid Esack se remémore l’enfant qu’il était, allant à la madrasa (École coranique) avec le Livre auquel on devait porter plus que de l’attention. Une dévotion bienveillante et exclusive.

« Nous étions reliés à une tradition musulmane universelle et séculaire d’apprentissage de la lecture du Coran. Notre expérience du Coran commence avec l’alphabet, se poursuit en assemblant les mots et, au-delà, en arrive au premier chapitre (al-Fatiha). Elle saute ensuite tout le livre, pour aller directement aux chapitres courts de la fin de la trentième partie du Coran, d’où nous parcourons notre chemin « à reculons ».
Il s’ agit « d’intérioriser les rythmes internes, les structures stables et les dynamiques textuelles. »

Plus tard, le Coran est invoqué dans les situations de la vie. Au quotidien et dans les moments particuliers : pendant la prière, à des funérailles et dans les rituels de rappel, chanté à côté du nouveau-né, du malade ou du mourant. Des versets ornent les intérieurs des maisons qu’ils semblent protéger.

« Sa langue, l’arabe, est une langue sacrée pour les musulmans, constitutive de notre identité. » Un hadith dit 《Les gens aiment les Arabes pour trois raisons : je (Muhammad) suis arabe, le Coran est en arabe et la langue du paradis est l’arabe》(Ibn Manzûr).

Si le Coran assume dans la vie des musulmans beaucoup des fonctions que la Bible assume dans celle des chrétiens, il représente pour les musulmans ce que Jésus-Christ représente pour les chrétiens pieux.

Le Coran est vivant

« Pour les musulmans, le Coran est vivant et possède une personnalité quasi humaine. Mahmoud Ayoub, le savant libanais contemporain, l’explique ainsi :

《Bien que le Coran ait pris la forme et la physionomie d’un discours humain, il reste dans son essence un archétype céleste libre des limitations des sons et des lettres humains. Parce que le Coran est à l’intersection du plan humain de l’existence et de la parole transcendante de Dieu, il est doté de cette personnalité quasi humaine, de sentiments et d’émotions, et il est même prêt, le jour de la résurrection, à s’ opposer à ceux qui l’ont abandonné dans cette vie et à intercéder pour ceux qui se sont nourris de ses enseignements. (Encyclopedia of Religion, page 76).》 »

« Si nous avions fait descendre ce Coran sur une montagne, on aurait vu celle-ci se fendre de la crainte de Dieu. » C.59:21. C’est dire la puissance du Livre. Ce qui entraîne une croyance souvent mêlée de superstitions, cela va sans dire.

« Le Coran assume dans la vie des musulmans : récitation et guidance. »

Le Coran comme parole récitée de Dieu

Dans toutes circonstances le Coran est récité. Il apporte la consolation dans l’au-delà. Mais surtout, sa récitation donne immédiatement réconfort et guérison en ce monde. Le Livre semble continuellement rappeler : « Quoi qu’il en soit, sois assuré que Dieu est là ! Contente-toi d’écouter Sa parole. »

« Le Coran se décrit lui-même comme

《ce qui apporte aux croyants guérison, miséricorde. C.17:82》

Le musulman pieux pense, croit que le Coran rend tout possible, même l’incroyable. Jusqu’à stopper un tremblement de terre !

Sa lecture apporterait une récompense correspondant à dix bonnes actions pour chaque lettre du Coran lue, selon un hadith. Et quand bien même, sa simple récitation, un verset suffirait presque, est un acte vertueux en soi. Livre de guidance morale et légale, le Coran doit avant tout se réciter. Lentement*. Il faut comprendre le discours de Dieu autant que ne pas le comprendre, selon Abû Hâmid al-Ghazâli, cité par Qasem (1979, p. 26).

Le Prophète, qui l’avait pourtant révélé, prenait plaisir à ce qu’on lui récitat le Coran, selon Ibn Mas’ ud. Et les larmes lui coulaient des yeux…

Qur’an signifie re-citation. Le livre à feuillets est secondaire (mushaf). Il ne fait que rappeler : Dis ! Qul !.

* »N’agite pas ta langue pour le hâter : à nous de l’assembler et d’en fixer la lecture et quand Nous l’aurons lu, suis-en bien la lecture. » C.75: 16-18

« Ne prétends pas hâter le Coran. » C.20:114

« Nous avons rendu le Coran facile, en vue du rappel. » C.54:17

« Et psalmodie le Coran distinctement. Nous lancerons sur toi une parole dense. » C.73:4

D’après Sells (1999), il y a en lui (le Coran) quelque chose de spécial : cela se voit dans l’amour des gens pour la voix du Coran, dans l’entremêlement des allusions et des rythmes coraniques dans la production de l’art, de la littérature et de la musique, dans la façon dont le Coran est récité dans les grandes occasions comme dans les circonstances les plus humbles de la vie quotidienne, et dans le zèle que les gens manifestent pour l’apprendre afin de le réciter correctement en arabe… »

Le Coran comme écriture contestée

Un texte qui possède du pouvoir entraîne une concurrence acharnée chez les groupes capables de tout pour gagner le droit de le posséder et de l’interpréter. Traditionalisme et modernisme finissent toujours par s’ affronter. Mais des islamistes se revendiquent aussi du progressisme.

« La pensée religieuse contemporaine a été largement façonnée par les savants traditionnels. Formés dans les matières traditionnelles telles qu’elles sont supposées s’être développées à partir du Prophète Muhammad au cours des siècles médiévaux, ces érudits sont appelés ‘ulamâ ou savants. Mais uniquement au sens où ils sont porteurs de cette tradition. Peu peuvent cependant prétendre posséder une quelconque forme de compréhension approfondie du Coran, ni ne sont engagés dans une étude systématique et continue du texte. » Dans le doute (dalâl, bâtil), l’exégèse s’ appuie sur l’oeuvre d’un commentateur orthodoxe classique. Le Coran s’ est par conséquent retrouvé à une distance respectueuse, qui le rend impossible à approcher de façon cognitive, même par les diplômés de ces institutions. Leur recrutement se faisant sur des élèves à potentiel moins élevé que chez ceux qui passent par les écoles laïques, on peut être étonné des quelques génies qui en sont sortis.

« Coupés de leur environnement pendant leur formation, ils ignorent les problèmes contemporains. Dans les sociétés qui accordent une grande valeur à l’érudition et à la compétence intellectuelle tout en ignorant le pouvoir de l’oralité, il est difficile d’imaginer que trois années passées à mémoriser un livre sans rien comprendre à son contenu puisse catapulter quelqu’un vers le leadership socio-religieux. »

« Beaucoup de musulmans formés à l’occidentale, et qui cherchent des réponses contemporaines et religieusement fondées aux problèmes qu’affronte une société injuste, ressentent que le ‘ulamâ traditionnel ne peut être d’aucune utilité pour leur investigation.

À travers le monde musulman, les liens émotionnels et spirituels que de nombreux jeunes salariés et intellectuels entretiennent avec l’islam les poussent à se tourner ailleurs pour obtenir des réponses qui étayent leur engagement religieux et nourrissent leur vie spirituelle.

Selon un entretien avec Daud Mall (fondateur de l’Arabic Study Circle) du 12 janvier 1990, Mall dit :
《Quant aux clercs, ils étaient embourbés dans la tradition et produisaient un type de musulman replié sur lui. Le groupe étudia le Coran dans le cadre de la langue arabe et d’un engagement dans l’islam des Lumières. Il chercha à promouvoir l’étude de l’islam pour faire de l’arabe la lingua franca des musulmans d’Afrique du Sud, et du Coran un message vivant, significatif et dynamique dans tout foyer musulman de la République d’Afrique du Sud.》

Les oulémas, craignant de perdre leur pouvoir, mirent en garde contre ces étudiants profanes qui 《allaient se perdre.》L’ASC répondit que c’était précisément parce qu’ils étaient perdus qu’ils voulaient accéder au Coran, en se sentant mis en présence 《de nouveaux horizons et de perspectives nouvelles》. Les étudiants se trouvaient 《fortifiés dans leur perception intellectuelles et dans leur vie spirituelle.》

L’Arabic Study Circle représentait en fait le libéralisme islamique et se concentrait sur la pensée et l’action individuelles. Il a montré la voie pour comprendre le Coran à la lumière des conditions socio-religieuses dominantes. Le modernisme a poursuivi sa route avec le Muslim Youth Movement fondé en 1970… »

« Le Muslim Youth Movement (MYM) a développé le modernisme en interagissant avec les mouvements islamiques tels que Jamati Islami (Pakistan), les Frères musulmans (Egypte) et la Muslim Student Association (USA). Ils s’ attachèrent à étudier des traductions du Coran et aborder ce que Sugirtharaja appelle l’《exégèse communautaire》. Leurs réflexions sur le Coran étaient complétées de lectures en groupe d’oeuvres d’autres figures éminentes du mouvement islamique (Hassan al-Bannâ, Sayyid Qutb et Abu l-‘Alâ Mawdûdi). »

Suite aux troubles qui ont eu lieu dans les années 70 en Afrique du Sud, « la prise de conscience accrue des injustices de la société d’apartheid qui en est résulté a conduit de nombreux jeunes musulmans à rechercher des réponses nouvelles aux défis de la vie dans une société divisée. Trois idées maîtresses permirent au MYM de lutter contre l’apartheid :
– l’islam comme religion et comme puissance temporelle,
– la continuité du jihad,
– le Coran comme base exhaustive pour la guidance personnelle et socio-économique quotidienne.

La période qui a immédiatement suivi les soulèvements de juin 76 contre l’apartheid dans l’éducation a vu émerger un modèle bien défini, qui trouvait un sens à leur action politique, tout en contournant le clergé.

« À l’érudit comme au soufi, à la femme au foyer qui veut préparer en abondance pour nourrir une bouche supplémentaire, comme à l’enfant terrifié face au chien qui approche, au modernisme libéral comme au révolutionnaire radical, au clerc traditionaliste et en retrait comme au membre d’une tribu afghane armé d’une kalachnikov, le Coran fournit une signification. L’islam est une ceinture de sécurité coranique. »

 

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CORAN, MODE D’EMPLOI (2)

Posted in Religions, Textes rapportés with tags , , , , , , on 14 août 2014 by alzaz

Préface (Extrait)

« L’approche originale de Farid Esack se manifeste dès son introduction. Alors que d’ordinaire le Coran est présenté à partir de l’histoire de sa 《descente》 telle qu’elle est transmise depuis des siècles par la tradition apologétique musulmane, il commence par mettre en valeur ce que représente pour les musulmans d’aujourd’hui ce texte vivant qui 《possède une personnalité quasi humaine》. Car un texte ne se révèle néanmoins vivant qu’à partir du moment où des lecteurs et des auditeurs s’ en saisissent. » Comme le dit Abdennour Bidar, il y a au moins autant de lectures du Coran qu’il y a de lecteurs. L’uniformité et la répétition sont contraires à la vivance du texte.

INTRODUCTION

1er niveau

« Le premier niveau d’approche du Coran peut être comparé à celui d’un amoureux sans esprit critique vis-à-vis de sa bien aimée. Il voit tout en elle. N’est-elle pas

une clarification de toutes choses (C.16:89),
un remède pour tous [les maux] qu’on peut trouver au fond des coeur ? (C.10:57)

Elle est d’ascendance noble, engendrée par delà le monde de la chair et du sang, et née dans la

Mère des cités (C.42:7).

2ème niveau

« Le deuxième niveau d’approche du Coran est celui de l’amoureux érudit. Il veut montrer au monde pourquoi sa bien-aimée est si sublime. Il se lamente sur l’incapacité des autres à reconnaître ce que sont la beauté de sa bien-aimée, l’harmonie de sa conformation et sa sagesse, qui dépassent tout ce qu’on peut imaginer et qui inspirent le respect.

Les érudits sont, entre autres :
Abû l-‘Ala Mawdûdi
Amin Ahsan Islahi
Husayn Tabâtabâ’i
Muhammad Asad
‘A isha ‘Abd al-Rahmân
Muhammad Husayn al-Dhahabî
Muhammad ‘Abd al-‘Azîm al-Zarqani
Abû al-Qâsim al-Khu’i.

3ème niveau

« Le troisième plan de lecture est celui de l’amoureux doué du sens critique.
Sur la question de savoir si le Coran est la parole de Dieu, sa réponse pourrait être : 《Oui, mais cela dépend de ce que l’on entend par « parole de Dieu ».》

Parmi ces amoureux l’on peut citer Fazlur Rahman, Mohammed Arkoun, Abû Zayd et Fuat Sezgin.

4ème niveau

Et maintenant le plan d’approche passe à « l’ami de l’amoureux ». Un intéressé par la relation qu’il a avec l’amoureux et sa bien-aimée.

Celui de l’amoureux doués d’un sens critique et celui-ci sont proches. Il s’ agit en général de non-musulmans qui passent une bonne partie de leur vie à l’étude du Coran et/ou de l’islam. On compte parmi eux :

Wilfred Cantwell Smith,
Montgomery Wyatt,
William Graham et
Kenneth Cragg.

5ème niveau

Le « voyeur », lui, est un pur observateur. Il porte un regard critique et historique sur le texte et sur la religion. Il n’est pas intéressé. Il se veut rationnel, cartésien et analytique. Parfois carrément révisionnistes. citons :

Patricia Crone,
Michael Cook,
John Wansbrough,
Andrew Rippin,
Christoph Luxenborg.

« Ces chercheurs « objectifs » prétendent n’avoir, dans leur approche du Coran, aucune motivation de nature confessionnelle, ni aucune arrière-pensée autre que celle d’analyser le corpus dans l’intérêt de l’érudition. »

6ème niveau

Le dernier plan d’approche de la lecture du Coran est celui que prend le polémiste. Le polémiste a sa propre bien-aimée. Biblique ou sécularisée. Il peut se revendiquer du gnosticisme ou de l’athéisme. Il ne supporte pas que la bien-aimée de l’autre soit plus qu’humaine. D’essence divine. Il veut ramener l’aimée divine au rend de sa propre aimée : simplement humaine et terrestre. De l’ici-bas. Il ira jusqu’à défigurer cette autre pour faire paraître plus belle la sienne.
Jusqu’à accuser l’amoureux de prérogatives religieuses. « Le Coran ne demande-t-il pas de tuer ?, avancent-ils. C’est la bien-aimée qui le lui chuchote. Perfide n’est-elle pas ? » Il faut donc démasquer la bien-aimée, la remettre à sa place.

« Les pamphlets, les tracts et Internet sont les supports d’expression des polémistes. » Ils n’apportent rien au moulin qui puisse le rendre plus efficace.

Pour finir, Farid Esack ne dit pas que son travail avant tout descriptif est désintéressée : « je suis un musulman à l’esprit critique et progressiste, qui étudie le Coran et qui respecte tout effort de recherche sérieuse. « 

Il ne promeut pas une position particulière.

intro

POUR CLARIFIER QUELQUES TERMES.

« Dans l’islam, comme dans toute autre religion, la doctrine s’est développée sur une longue période, et l’un des mots à utiliser avec précaution dans tout travail de recherche critique, pour définir l’opinion de la majorité des érudits musulmans sur un sujet particulier, est « orthodoxie ».
Ce terme suggère qu’il y a une croyance fixée, déterminée par un corps de savants universellement reconnus, que ceux qui sont en désaccord avec elle ou avec des points de détail sont des « hérétiques » et que cette croyance représente l’opinion de la majorité, voire de tous les musulmans.
Ce mot en lui-même est étranger à la tradition savante islamique, où l’on ne trouve que les termes ‘qawl al-salaf al-salih’ (l’opinion des prédécesseurs pieux) ou ‘jamhûr’ (le peuple). »
Pas d’Église en islam, pas de clergé. Une oumma soumise à cette « opinion majoritaire, traditionnelle ou progressiste », populaire ou rurale, non scripturaire ou ésotérique. Il n’y a pas de véritable courant dominant.

L’islam est pluriel et divers.

CORAN, MODE D’EMPLOI (1)

Posted in Textes rapportés with tags , , , , , , on 14 août 2014 by alzaz

DESCRIPTION DE COUVERTURE

 

coran

 

Albin Michel – Le livre « Coran, mode d’emploi » est une traduction de l’anglais.

« Depuis que l’islam fait régulièrement la « une » de l’actualité internationale, et qu’il est devenu la deuxième religion de France, des centaines de milliers de Français ont, un jour, décidé d’ouvrir et de lire le Coran. Mais ils se sont souvent arrêtés au bout de quelques pages : si le Coran intrigue, il déconcerte aussi le lecteur non averti. Il s’avère vite difficile à pénétrer car il suit une logique qui lui est propre : comme la Bible, il juxtapose plusieurs genres littéraires ; il ne peut être compris en dehors du contexte qui a été celui de sa rédaction ; sa lecture nécessite une connaissance des commentaires différents, voire divergents, qu’en ont fait les musulmans au cours des quatorze siècles de son histoire.

Farid Esack, l’un des « nouveaux penseurs de l’islam » que Rachid Benzine nous a fait découvrir dans un livre de la même collection, dresse ici le panorama des diverses méthodes de lecture du Coran, des plus fondamentalistes aux plus « modernes ». Il montre comment ces dernières s’appuient sur les sciences humaines et utilisent les outils de la critique historique, littéraire, herméneutique, sociologique. Ce faisant, il nous donne les clés de lecture indispensables à une véritable compréhension de l’univers coranique. »

 

L’auteur : Farid Esack

 

farid

 

Farid Esack est un universitaire musulman sud africain. Il est spécialiste d’herméneutique coranique.
Au lycée, Farid Esack fit ses études en droit islamique et théologie. Lors de sa formation universitaire (toujours à Karachi), Il poursuivi ses études en science coranique qu’il compléta par une thèse en herméneutique coranique à Birmingham (Grande Bretagne). En 1994-95, il a été chercheur en herméneutique biblique à la Philosophische Theologische Hochschule, Sankt Georgen, Frankfurt am Main.
Il est célèbre pour s’être engagé dans le dialogue inter-religieux et la lutte contre l’apartheid, il a joué un rôle de premier plan dans l’United Democratic Front, L’Appel de l’Islam, de l’Organisation des personnes contre le sexisme, le cap contre le racisme et la Conférence mondiale sur la religion et la paix. Il a été un chroniqueur politique pour le Cape Times (hebdomadaire), et Beeld Burger (bimensuel), l’Afrique du Sud quotidien et un contexte socio-religieux, chroniqueur pour Al Qalam, un sud-africain musulman journal mensuel. Islamica, un musulman britannique trimestriels et Assalaamu Alaikum, un musulman basé à New York trimestrielle.
Ancien maître de conférences au Département d’études religieuses à l’Université de Western Cape, il a donné des conférences dans plusieurs universités à travers le monde, y compris Amsterdam , Cambridge, Oxford, Harvard, Temple, Le Caire, Moscou, Karachi, Birmingham, Makerere (Kampala), Cape Town et Jakarta sur diverses questions relatives à l’islam et aux musulmans d’ Afrique du Sud. Il est aujourd’hui professeur invité en études religieuses à l’Université de Hambourg.

(Source Homepage Farid Esack)

Esprit et Vie n°120 – janvier 2005 – 2e quinzaine, p. 24.

Né en 1957, en Afrique du Sud, formé à la jurisprudence et à la théologie musulmanes au Pakistan, Farid Esack a participé activement à la lutte contre l’apartheid. Il élabore depuis une vingtaine d’années une théologie islamique de la libération qui s’appuie sur une nouvelle herméneutique coranique.
Dans cet ouvrage, l’intention de l’auteur est de faire connaître à un large public les questions et les débats qui entourent le Coran depuis les origines jusqu’à nos jours.
Son approche est originale. Alors que le Coran est présenté habituellement à partir de l’histoire de sa « descente » par la tradition apologétique musulmane, Farid Esack commence par situer le Livre dans la vie des musulmans. Dès l’origine, la Parole de Dieu est « en prise » avec ce que vivent le Prophète et ses compagnons. La réception du message est aussi importante que le message lui-même. Le livre est ce que les musulmans en ont fait et en font.
L’auteur n’ignore aucune des grandes questions que soulève la pensée critique face au phénomène coranique. Il récapitule ce que les exégètes musulmans (ou non musulmans) disent de la structure du texte, de sa composition et de son assemblage en un recueil. Il expose les débats historiques sur la nature « créée » ou « incréée » du Coran. Il nous initie aux sciences islamiques appliquées à la lecture du Livre : circonstances de la révélation (asbâb al-nuzûl), exégèse coranique (tafsîr), herméneutique contemporaine…
Enfin, Farid Esack indique les thèmes fondamentaux du Coran et développe les implications de la lecture du message coranique dans le comportement personnel, social et économique des musulmans, ainsi que dans les pratiques religieuses instituées en islam.
Dans la préface, Rachid Benzine situe la recherche de Farid Esack dans la mouvance des « nouveaux penseurs de l’islam » qui se font entendre depuis quelques décennies. Il note que les questions abordées par l’auteur le sont aussi par les orientalistes occidentaux et les chercheurs contemporains non musulmans. Cependant, « il est rare de les voir abordées de front par un intellectuel qui se revendique ouvertement de l’islam » (p. 13).

Une nouvelle conscience islamique est-elle en train de naître ?

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