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DE L’INTOLERANCE PHILOSOPHIQUE #2

Posted in Petites histoires de philosophie, Philosophie idéaliste with tags , , , , , , , , on 12 juin 2011 by alzaz

Hegel, philosophe de l’idéalisme allemand (18-19e siècles), a certes beaucoup apporté au système de pensée dans le monde occidental, il a surtout influencé des gens comme Joseph Goebbels qui l’ont forcément lu, voire étudié. Moi, je ne vais en dire que du mal, ce mec m’écœure un peu, que voulez-vous ? il ne correspond pas à l’idée (préconçue ?) que je me fais du philosophe, cet amoureux inconditionnel de la sagesse au sens de l’étymologie… Pas cool, Hegel, car, pour lui, la fin de l’histoire rime avec dictature, un régime politique pas des plus tolérants. L’intolérance dont on crédite Diogène n’a rien à voir avec l’intolérance affichée par Hegel.

Hegel voulait être – il l’a pensé en tous cas -, le phare de l’humanité toute entière. Mais l’esprit absolu, s’il devait être universel, ne pouvait, selon le maître, qu’être allemand (prussien en l’occurrence) et chrétien. Son système analytique de l’évolution des civilisations était fondé, de façon plus ou moins explicite, sur l’exclusion des peuples, des cultures et des races, tant qu’ils n’appartenaient pas à sa sphère identitaire. Du domaine de l’histoire, Hegel fait systématiquement sortir tous ceux qui n’ont jamais constitué un État au sens occidental du terme. Fi des Amérindiens et des Noirs africains… ceux qu’il nomme peuples an-historique, c’est à dire sans histoire. En faire la négation ne lui suffisant pas, il s’attache minutieusement à faire la preuve de leur état d’infériorité à bien des égards : ils n’ont aucune compétence sexuelle et ne satisfont pas leur dame comme il se doit. On peut reconnaître à Hegel plusieurs talents dont celui des descriptions poétiques ; il dit de l’Afrique : «C’est le pays de l’or, replié sur lui-même, le pays de l’enfance qui au delà du jour de l’histoire consciente est développé dans la couleur noire de la nuit» ; phrase qui ne va pas sans rappeler le discours prononcé à Dakar par le président Sarkozy. Enfance figée depuis l’aube des temps, obscurité de l’ignorance, ignorance du progrès et de toute perfectibilité, absence de toute sapience : il leur faut un bon maître ; un tuteur, en somme. Ce n’est pas seulement de l’histoire que Hegel exclut le Nègre (c’est son expression), il lui dénie sa part d’humanité : ce n’est pas un être humain. Quelques phrases hégéliennes qui trahissent le mal de cette époque où l’on récusait la possibilité d’une âme nègre : «On ne peut rien trouver dans ce caractère qui rappelle l’homme» ; plus loin : «C’est précisément pour cette raison que nous ne pouvons vraiment nous identifier, par le sentiment, à sa nature, de la même façon que nous ne pouvons nous identifier à celle d’un chien» ; ou encore : «C’est dans la race caucasienne seulement que l’esprit accède à l’unité absolue avec soi-même (…). Le progrès (Liberté, Esprit, Logos…) de l’histoire universelle ne se réalise que grâce à la race caucasienne». Les Noirs sont donc mentalement inférieurs aux Blancs, C.Q.F.D. Je cite : «nation infantile, esprit niais, ne s’intéressant à rien, demeure replié sur lui-même, ne fait aucun progrès»… nous l’avons déjà dit.

Mais Hegel n’est pas seulement raciste, en bon phallocrate il en veut énormément aux femmes en général ; il ne leur reconnaît pas plus de qualité – pas tout à fait quand même – qu’il n’en trouve chez les Africains : «(elles) peuvent être certes cultivées, mais elles ne sont pas faites pour les sciences les plus élevées, ni pour la philosophie ni pour certaines formes d’art qui exigent quelque chose d’universel». Les femmes ne disposeraient pas de la Raison que seul le Blanc, chrétien et Allemand peut détenir dans son intégralité ; la femme n’est pas digne de confiance, elle ne peut occuper un poste à responsabilité sociale ou politique. Concernant les peuples arabe et juif, Hegel use du même stratagème pour soumettre à une exclusion méthodique. Beaucoup de mépris à l’encontre de la philosophie arabe à laquelle il ne trouve pas ou prou d’intérêt, disant qu’elle ne brille pas par le contenu au point qu’elle ne donne pas à s’y arrêter un instant : «Ce n’est pas une philosophie, mais un véritable maniérisme». Orient arabe et Occident chrétien sont antinomiques dans la mécanique de la pensée hégélienne ; le caractère de l’Arabe l’empêchant d’accéder à un degré suprême de la Raison. Si la philosophie est l’essence même d’un peuple, comme le prétend Hegel, si les Arabes ne disposent d’aucun système philosophique vrai, alors il faut, on doit les exclure eux aussi du domaine de l’histoire. Avec les juifs et bien qu’il les distinguent des Arabes, Hegel n’est pas plus tendres, bien au contraire. Avec Hegel naît le virus de l’antisémitisme allemand qu’on ne peut, hélas, dissocier d’un certain romantisme germanique et qui fera flores… Brièvement, Hegel accordait à ces deux peuples des accointances avec le fanatisme : fanatisme de conversion chez les Arabes qui souhaite une communauté mondiale unique, faite de musulmans fervents et pratiquants, au monde homogène et totalisant ; fanatisme d’opiniâtreté chez les juifs qui se pensent comme peuple élu, excluant de facto les autres. Bien qu’ayant inventé le concept de Dieu unique et Un, infini et informel, le juif serait un être borné, incapable de prendre conscience de l’esprit infini ou d’appréhender « comme il faut » la notion du divin en tant qu’infinitude. De chemin en chemin, on s’aperçoit que Hegel ne cherche qu’une chose : faire ressortir la supériorité de sa culture d’appartenance en développant une phénoménologie des peuples, excluant toute altérité culturelle : «L’esprit germanique est l’esprit du monde moderne qui a pour fin la réalisation de la vérité absolue en tant que détermination autonome infinie de la liberté». Mais, nous le verrons, la liberté hégélienne n’est pas donnée à tous.

Hegel pense que l’esprit d’universalité trouve son apogée dans le monde germanique et va jusqu’à considérer que sa propre philosophie constitue un sommet suprême, indépassable. La pensée allemande, la sienne, en est l’aboutissement absolu ; c’est lui qui, en impliquant les sciences sociales et humaines dans son système – ce qui est loin d’être stupide -, aurait porté la Philosophie au rang de Science par excellence. Dans son système qu’il étend forcément au politique, il conclue que la fin de l’Histoire ne peut qu’être monarchique. Il envisage pour l’État prussien un monarque totipotent, autocratique, autoritaire, voire totalitaire. Sans cela, dit-il, un peuple ne saurait être qu’une “masse informe”. Hegel – il ne s’en cache pas – est un philosophe anti-démocrate, il préfigure la bête fasciste du XXe siècle (allemande, italienne, nippone) ; le pouvoir d’un seul s’impose, l’individu ordinaire n’est rien face au monarque qui détient le pouvoir de vie et de mort sur ses sujets : «La personne, prise isolément, demeure une réalité subordonnée, qui doit se consacrer à la totalité éthique (le chef, l’État, le Reich). Par conséquent, si l’État exige le sacrifice de la vie, l’individu doit y consentir… En tant qu’individu, je ne suis pas propriétaire de ma vie… Il faut vénérer l’État comme un être divin-terrestre». Il est même étrange, non, de trouver cette devise qu’il donne à la constitution de l’Allemagne idéalisée dans son œuvre la République : “ Un peuple – Un Reich – Un empereur ” !

Hegel voit l’homme parfait et fini en sa connaissance totale et absolue de l’histoire et de la philosophie. Cet homme veut être, comme souvent dans les systèmes philosophiques développés par l’homme : le Grec puis le Latin, dans sa préhistoire, l’alpha ; par le teuton dans sa fin, l’oméga. Mais pour exister, il faut admettre la négation de l’autre, car il ne peut y avoir deux systèmes de pensée, l’un serait le bon, l’autre le mauvais. Le bon devra combattre et éliminer le mauvais ; Hegel prescrit donc la guerre permanente, la paix étant porteuse de dégénérescence marquant l’impossibilité d’atteindre l’absolu. Quand un groupe d’humains vient à se former, Hegel lui conseille de se choisir, en le créant de toutes pièces, un ennemi commun. D’où, l’idée hitlérienne du bouc-émissaire juif pour fédérer le peuple allemand en une masse formelle. Car oui, inspirateur du mouvement nazi (et des néo nazis actuels), Hegel nous a légué cette caractéristique qui persiste, qui semble parfois s’éteindre, mais qui re-naît sans cesse, tel un phoenix le fait de ses cendres : rejet radical et musclé du parlementarisme et du pluralisme politique, refus de remettre au peuple une quelconque souveraineté d’État, négation absolue des Droits de l’Homme, dépendance des institutions vis à vis du pouvoir central (justice, police, presse…). La bête n’est jamais totalement morte ! La philosophie de Hegel a conduit au pire, une fois déjà, la moitié de l’humanité ; elle cultive la haine des autres (xénophobie), l’antisémitisme le plus primaire, le plus abject qui soit, au racisme imbécile des pédants, l’idée de darwinisme social qui veut absolument que le faible soit éliminé par le fort, des notions d’eugénisme négatif… Il n’est pas étonnant de lire, dans Hegel, que les crimes et les pires atrocités sont souhaitables puisqu’ils relèvent du rationnel, sont voulus par la Raison, c’est à dire par Dieu lui-même. Hé oui, Dieu a besoin, pour se connaître en son essence, de s’aliéner dans le monde des humains, dans l’histoire. Dieu est un démiurge qui descend en l’homme historique, sur Terre. De là, à sous entendre que l’Homme parfait, c’est Dieu, que l’homme et Dieu c’est kif kif… Théorie immédiatement réfutée par les théologiens catholiques et protestants de l’époque, pour lesquels c’est le Christ et non « l’histoire » qui représente l’incarnation de Dieu sur Terre. A part ça, on peut trouver matière à philosopher vraiment dans l’imposant travail effectué par le maître allemand, et ne me faites pas dire que l’intolérance est le monopole des peuples germaniques, les autres sociétés humaines, passées, présentes ou à venir, sans distinction de races, de religions ou de cultures, en détiennent une part égale quantitativement et qualitativement.

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