
bye-bye ciào
il arrête là

Aristote plaçait l’amitié au dessus de la justice. De l’amitié entre individus à la concorde citoyenne, c’est la philia ou amitié entre concitoyens qui, non seulement assure la cohésion de la cité, mais est aussi l’une des conditions fondamentales du bien-être commun, sinon La condition. Sans l’amitié, le politique est un désastre et le “diviser pour mieux régner” devient le fait courant des tyrannies : une république sans amis devient inévitablement despotique, sans pour autant le reconnaître : la société ne peut plus que se mentir par intérêt. La chose publique – la res publica – ne peut être l’affaire de quelques-uns, et pour ce qui est de la France actuelle, une France haineuse il faut le dire, l’histoire replacera un jour les choses à leur juste place. Je ne vise personne en particulier.
Aristote décrit trois sortes d’amitié. Amitiés en vue de l’intérêt, en vue du plaisir, et amitié entre les hommes pour leurs vertus, je dirais pour leur éthique, personnelle mais partagée. Les deux premières sont dites accidentelles car elles ne durent qu’un temps et ne se basent pas sur les ressemblances entre partenaires. La personne aimée n’est pas aimée pour ce qu’elle est, mais en tant qu’elle procure soit un bien, soit du plaisir. Ce sont des amitiés capricieuses, fréquentes et courtes. Amitié des marchands ou amitié des enfants, disait Aristote pour chacun des deux types. La dernière foàrme qu’il cite, qu’il chérit le plus d’ailleurs, forme achevée fondée sur les ressemblances vertueuses, est aussi rare que les hommes de vertus eux-mêmes. Elle est longue à venir car les caractères doivent apprendre à se connaître pour se faire confiance, par apprivoisement de type “petit prince – renard”, mais elle est assez stable et plutôt durable. Rares sont ceux qui perdent leurs qualités morales en viellissant, sinon par sénilité débilisante. Cette forme d’amitié se réalise à travers des actes amicaux, signes de bienveillance mutuelle, et donne lieu à de vrais partages de vie.
Pour Aristote, seule l’amitié des vertus, considérée comme vraie, peut conduire au bonheur. Elle estompe les inégalités entre amis, et, vaut même “égalité“, car elle implique la communauté des biens donnant une cohésion à l’ensemble ami-ami. A l’échelle des individus, on ne peut avoir beaucoup d’amis, car “à vouloir trop de personnes amies, on finit par n’avoir l’amitié de personne” et, d’autre part, on ne saurait servir trop d’amis à la fois.
Mais pour Hannah Arendt, l’amitié est fondamentalement politique : “Chez les grecs, l’essence de l’amitié consistait dans le discours. Ils soutenaient que seul un “parler-ensemble” constant unissait les citoyens en une polis. Avec le dialogue se manifeste l’importance politique de l’amitié, et de son humanité propre. Le dialogue (à la différence des conversations intimes où les âmes individuelles parlent d’elles-mêmes), si imprégné qu’il puisse être du plaisir pris à la présence de l’ami, se soucie du monde commun, qui reste inhumain en un sens très littéral, tant que des hommes n’en débattent pas constamment. Car le monde n’est pas humain pour avoir été fait par des hommes, et il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue. Quelque intensément que les choses du monde nous affectent, quelque profondément qu’elles puissent nous émouvoir et nous stimuler, elles ne deviennent humaines pour nous qu’au moment où nous pouvons en débattre avec nos semblables. [...] Nous humanisons ce qui se passe dans le monde et en nous en en parlant, et, dans ce parler, nous apprenons à être humains. Cette humanité qui se réalise dans les conversations de l’amitié, les Grecs l’appelaient philanthropia, “amour de l’homme”, parce qu’elle se manifeste en une disposition à partager le monde avec d’autres hommes.
Je crains que la leçon ne soit ni comprise, ni retenue. Glissant sur la pente de l’envie, de la jalousie, comme dans les années 30, nous aurons un monde encore plus déshumanisé car fermé au dialogue, avec les aléas d’interventions étatiques, autoritaires dans la mesure où elles seront impopulaires, arbitraire quand il n’y a plus de sens commun. Les conditions de la philia n’étant pas réunies, la cohésion ne pourra être maintenue que par la force, artificiellement. Enfin, les états européens n’ont pas saisi la chance de construction qui se présentait à eux : l’Europe fraternelle, l’Europe des peuples n’aura pas lieu. Chacun pour soi et sauve qui peut. Un autre risque se profile : celui du renfermement des pays sur eux-mêmes, avec les menaces de guerres que l’on sait lorsque les nations se sclérosent en entités barbares. Ce qui est à l’échelle des individus se retrouve en géopolitique. L’amitié entre les peuples réaliserait leur bonheur autant qu’elle les humaniserait. Une certaine élite prône aujourd’hui l’intolérance totale (tolérance zéro), faisant le lit de la sauvagerie latente. Si les barbares étaient autrefois ceux qui menaçaient les empires à leurs frontières, ce n’est plus le cas, ils sont parmi nous et ont revêtus les oripeaux de la culture. Il est une barbarie policée, bardée de politesses non sincères mais contraintes, sans amis.
Pour en revenir à la situation économique, on cite “la chute de confiance” et “la crise du crédit“. D’une façon sémantique, cela traduit une perte d’amitié. Pour avoir confiance, nous l’avons dit, il faut se connaître, ce qui sous-entend la mise en place de codes et de règles d’identification, mais également d’opiner le plus justement possible, ensemble et dans le partage : il n’y a pas de place au mensonge là non plus. Crédit vient de credere = croire. On ne croit donc plus ni en l’un, ni en l’autre. C’est tout l’inverse de l’amitié. A l’origine de cette crise il y a la dérèglementation et la dérégulation, ce qui a entraîné plus d’opacité dans le système. Moins de règles, moins de clarté, moins de confiance… On nous cache tout, on nous dit rien ! Pour “réparer” la perte de plusieurs milliers de milliards de dolars, les états libéraux interviennent, sans vouloir faire dans l’oxymoron, et il y a quelque chose de peu cohérent là-dedans. Le résultat, toujours et c’est fatal pour les pauvres, est qu’on privatise les profits pour nationaliser les pertes. D’un côté, quelques types se sont enrichis en nous ruinant une première fois, de l’autre, nous, qui allons doublement payer pour combler le trou de leur dette. Profits privatisés et pertes partagées, tu parles d’amitié.
L’amitié raisonnée n’est encore pas l’amitié la plus pure ; quelque chose biaise qui me rappelle l’ego agissant. Pour l’amitié de complaisance, le plaisir passe et n’est pas toujours sain. Par (dés)intérêt, on peut se passer de l’autre et un service n’est pas systématiquement rendu. Quant aux qualités humaines, les vertus, et si elles changeaient en cours de route ? nul n’est parfait. Amitié pour un tel mais pas pour l’autre, c’est aussi louche que subjectif, une vertu. J’y vois encore l’œuvre de l’Ego individualiste. A mon sens, la seule, la vraie amitié est amour absolu (on peut y mettre un A majuscule par convention, mais c’est idiot), sans conditions, sans raisons particulières, non dirigée, non exclusive, pas intéressée, non calculée. L’amitié comme stase, immuable et incorruptible. Dans ce cas, aucun mariage formant couple (mot féminin utilisé en agriculture : une couple de bœufs) n’a de sens : un harem géant non institué et totalement partagé comme un syncytium symbiotique. La fiesta sans fin et sans gueule de bois. Personne au travail, chacun à l’ouvrage. Mais cela suppose des individus non aliénés, équilibrés par delà la morale, par-delà le Bien et le Mal, par delà la possibilité de jugement, sans avidité et ne comblant que des besoins réels et non phantasmés. Si les bons comptes font les bons amis en ce bas monde de gens cupides, la notion de profit et la volonté de tuer la gratuité (je pense à l’affaire des Petits chanteurs à la gueule de bois qui ne peuvent plus offrir gracieusement leurs voix) me paraîssent stérilisantes et divisent, diaboliquement. L’homme est le seul animal à pouvoir mettre des informations en commun – peut-être les pieuvres dans 100000 ans ; ici, il faut tout acheter, ce qui ralentit le développement et la créativité quand il n’y circule plus d’argent comme moyen. Ceux qui en ont fait un but sont des criminels. Tout compte fait et dans un monde idéal, “nul compte, ni bon ni mauvais, ne peut faire l’amitié vraie“.

Extrait de l’Ethique à Nicomaque d’Aristote :
“La parfaite amitié est celle des hommes vertueux et qui sont semblables en vertu : car ces amis-là se souhaitent pareillement du bien les uns aux autres en tant qu’ils sont bons, et ils sont bons par eux-mêmes. Mais ceux qui souhaitent du bien à leurs amis pour l’amour de ces derniers sont des amis par excellence (puisqu’ils se comportent ainsi l’un envers l’autre en raison de la propre nature de chacun d’eux, et non par accident) ; aussi leur amitié persiste-t-elle aussi longtemps qu’ils sont eux-mêmes bons, et la vertu est une disposition stable. Et chacun d’eux est bon à la fois absolument et pour son ami, puisque les hommes bons sont en même temps bons absolument et utiles les uns aux autres. Et de la même façon qu’ils sont bons, ils sont agréables aussi l’un pour l’autre : les hommes bons sont à la fois agréables absolument et agréables les uns pour les autres, puisque chacun fait résider son plaisir dans les actions qui expriment son caractère propre, et par suite dans celles qui sont de même nature, et que, d’autre part, les actions des gens de bien sont identiques ou semblables à celles des autres gens de bien. Il est normal qu’une amitié de ce genre soit stable, car en elle sont réunies toutes les qualités qui doivent appartenir aux amis. Toute amitié, en effet, a pour source le bien ou le plaisir, bien ou plaisir envisagés soit au sens absolu, soit seulement pour celui qui aime, c’est-à-dire en raison d’une certaine ressemblance ; mais dans le cas de cette amitié, toutes les qualités que nous avons indiquées appartiennent aux amis par eux-mêmes (car en cette amitié les amis sont semblables aussi pour les autres qualités) et ce qui est bon absolument est aussi agréable absolument. Or ce sont là les principaux objets de l’amitié, et dès lors l’affection et l’amitié existent chez ces amis au plus haut degré et en la forme la plus excellente.”
Extrait des Essais de Montaigne (1580-1595) sur l’amitié qu’il entretenait avec Etienne de La Boétie, de trois ans son ainé, livre Ier, chapitre XXVIII :
“Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : «Parce que c’était lui, parce que c’était moi.»
Il y a, au-delà de tout mon discours, et de ce que j’en puis dire particulièrement, je ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus, et par des rapports que nous entendions l’un de l’autre, qui faisaient en notre affection plus d’effort que ne porte la raison des rapports, je crois par quelque ordonnance du ciel; nous nous embrassions par nos noms. Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche que l’un à l’autre. Il écrivit une satyre latine excellente, qui est publiée, par laquelle il excuse et explique la précipitation de notre intelligence1, si promptement parvenue à sa perfection. Ayant si peu à durer, et ayant si tard commencé (car nous étions tous deux hommes faits, et lui de quelques années de plus)2, elle n’avait point à perdre de temps et à se régler au patron des amitiés molles et régulières, auxquelles il faut tant de précautions de longue et préalable conversation. Celle-ci n’a point d’autre idée que d’elle-même, et ne se peut rapporter qu’à soi. Ce n’est pas une spéciale considération, ni deux, ni trois, ni quatre, ni mille : c’est je ne sais quelle quintessence de tout ce mélange, qui, ayant saisi toute ma volonté, l’amena se plonger et se perdre dans la sienne; qui, ayant saisi toute sa volonté, l’amena se plonger et se perdre en la mienne, d’une faim, d’une concurrence pareille. Je dis perdre, à la vérité, ne nous réservant rien qui nous fût propre, ni qui fût ou sien, ou mien.“
Montaigne et La Boétie ont été amis pendant 6 ans seulement. Etienne mourra subitement à 38 ans, ce qui laissera Montaigne comme privé d’une partie de lui-même des années durant ; liés par le destin, ils vécurent une amitié fusionnelle. Dix-huit ans après ce décès, Montaigne en est toujours troublé. Pourtant, on ne peut pas dire que La Boétie ait influencé Montaigne. L’amitié était sincère et vraie : non calculée et ineffable.

Je ne serai pas contredit si j’affirme que la fin du monde approche. Mais avec ça, on est bien avancé. Car à quoi ça aurait servi que l’humain se manifeste cosmiquement si ça doit se terminer aussi bêtement. Quel est le sens de ma vie ? se pose-t-on souvent comme question. On n’en a cependant jamais la réponse, elle change tout le temps sans honte de se contredire. Certains on soutenu mordicus que tout est absurde, que de sens il n’y en a pas ; ils l’ont même démontré après que les hommes se furent acharnés à tuer Dieu, tout au long du XVIIIe siècle. En partant du postulat que ce dernier n’existe pas (Marx), qu’il est une création de nos esprits malades (Freud) ou encore qu’il est mort (Nietzsche), toute l’explication du monde que nous nous faisions autrefois s’écroule, ne tient plus la route (à part pour quelques esprits malins). Or, ces trois mousquetaires de la pensée profonde étaient sensés nous guérir d’une aliénation socio-culturelle bien ancrée depuis Adam en chacun de nous, cela n’a fait que créer un vide mental supplémentaire : nous n’avons plus d’horizon spirituel depuis longtemps. J’entends par-là qu’une cassure s’est produite, un peu comme une rupture épistémologique de l’histoire, mais dans notre perception extra-temporel du monde. La magie ne produit plus ses effets, l’univers devient banal voire ordinaire, tout perd de son sacré. Et pourtant, les totems sont toujours là même s’ils n’ont fait que changer de forme, tout comme les tabous par ailleurs. Au bout du compte, nous n’avons plus rien à faire sur cette terre, à part tuer le temps, ou tuer de l’homme.
La fin des temps approche, repentons-nous, disait l’artiste. Mais devant qui se repentir ? Qui fait donc autorité si Dieu n’est plus ? De quoi, au fait, se repentir ? D’un péché originel purement inventé à l’origine de notre néolithique ? Autant alors jeter en prison les nouveaux-nés ! car mon baptême m’a lavé d’une faute que je n’ai pas commise, c’est la société malade qui m’a rendu taré. Dès le berceau. Cerveau magique mais fragile. Ce que je dis pour moi, vaut aussi pour toi. On peut y remédier, grâce à Dieu justement. Oh, certainement pas ce dieu lointain, qui est on ne sait où, ici ou là-bas, ailleurs et nulle-part ; pas ce dieu qu’on nous assassinait au nom de son amour ; pas ce truc qui finit par nous apparaître comme fou autant qu’on nous en parle ; pas un dieu jaloux et vengeur, mais “prompt pour pardonner, lent à la colère”, miséricordieux. Mon dieu n’est pas cette altérité inaccessible et je ne suis pas étranger non plus à lui. Il est si présent qu’on ne le voit pas, il est moi, mais je ne suis pas lui. Toutefois, je et lui se confondent au point de n’être qu’un. Il est La choseté, ce qui reste quand tout s’éteint et disparaît, il est l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier. Il est le principe de toutes choses et il en est l’instigateur suprême, qui veut ou ne veut pas, en créant temps, énergie et matière ici-bas, en annulant tout pour se réaliser autrement, toujours de façon différente, sans jamais se répéter, éternellement. La choseté est l’infinitude qui se voulait exprimer, qui change constamment tout en restant la même, l’unique. Le terme “dieu” est nécessaire pour que cela soit ainsi, et cela est selon sa volonté. Nous sommes une des façons infinies qu’il a de se réaliser, dans notre finitude humaine et matérielle, nous sommes une de ses manifestations multiples, nous sommes Lui en sa totalité, car il est Un. Rien n’est sinon Lui, sinon une illusion. Nom de Zeus, que mon ego en prend un coup !
Que suis-je ? Ou plutôt, qu’est je ? Avouons-le – ce n’est pas une question d’humilité : une part divine désacralisée depuis l’origine de la conscience humaine parce qu’elle a peur, dieu conditionné à la sauce ordinaire d’un monde cracra, une âme sans esprit, c’est tout. Et c’est pas rien. Dieu est je, dieu est également l’autre, le non-soi, l’inerte et le vivant, l’homme en somme. Le verbe s’est fait chair que l’éther divin habite intégralement. Ainsi soit-il ! Pour moi, en ce qui concerne la faute et le reproche, le bien et le mal sont donc relatifs. J’en ai dit trois mots dans un autre article. Relatifs à ce qui fait mon être. Bien et mal ne peuvent être que des notions intimes et personnelles, appartement à l’intériorité. Le bien serait ce que je veux pour moi, j’en fais ce que je veux car mon bien à moi n’est pas le tien. Le bien pour un Européen n’est pas le bien pour un Chinois. Le bien d’hier n’est pas le bien de maintenant, qui aura le temps d’être changé en bien de demain. Pas de bien ni de mal, et pourtant. Ces deux termes appartiennent au monde relatif des ego ordinaires ; dans l’absolu, ils appartiennent seulement au dieu, au dieu qui est notre moi suprême et subtil : dieu est Ego, l’homme est ego, un peu comme dans la même baraque. Relatif/conditionnel et absolu/universel en des domaines confondus, en un seul kit, en une seule vibration. Soit, je reste ego ordinaire, soit, je s’exhausse à son Ego réel. Sois je reste homme-poussière, sois je réalise la divinité qui est en soi, par sa simple grâce, sans travail qui est souffrance masochiste, sur un chemin qui serait le but, la vérité, la vie. Dans la morale, il n’y a pas de place à la vérité ; au commun, la vérité n’existe pas, ce qui tue la vie. On la bidouille pour mieux s’en arranger. Nos ego sont des créatures bloquées par des centres d’intérêts minables, larves qui ne peuvent se métamorphoser en beaux papillons auréolés. Dans la construction de Soi, on vise l’altitude, la hauteur qu’il faut prendre. Il n’y a pourtant rien à gravir, tout est à disposition, question d’actes menés par le libre-arbitre : je veut continuer à être une merde moraleuse qui passe son temps en jugement, ou Je est, tout simplement ce qu’il est, une respiration céleste, un adorable souffle divin. Par ailleurs, je est l’autre, comme je l’ai déjà dit : deux visages d’une même personne. Je doit donc se tenir en tenant compte de l’autre non comme alter-ego mais comme Ego divin ; autrement dit, comme le Moi est exhaussé, je dois aider les autres Moi à s’exhausser aussi. Mon comportement n’a alors plus rien à voir avec la morale commune, il n’est plus question que d’éthique personnelle, qui est la “déontologie sous-entendue” des hommes libres, des dieux vivants en l’Un.
Voilà. Si t’as envie, sois dieu et tais-toi, espèce d’alpha et d’oméga ! Et bon dimanche quand même…

C’est fou ce que nos zom-politics peuvent continuer à truander et mentir quand même ils savent que ça va nous faire sortir de nos gonds assez bientôt. Je suis comme le Français moyen, ça va tellement vite que j’arrive pas à faire mes devoirs de mémoire, un nom finit par en cacher un autre, par le faire oublier ; la dernière arnaque, la dernière affaire, la dernière sournoiserie éclipse les précédentes qui, par empilement lourdaud autant qu’irresponsable, se compriment en s’écrasant, au point que la pile ne semble plus augmenter en sa hauteur. Effet palimpseste garanti. Mais la pile, elle est bien là, dans nos esprits ou bien en travers de nos gorges écorchées, nous faisant dire, ô malheur des temps : tous pourris… On avance la tête dans le cul.
Grave comme ces temps-ci les encéphales paresseux (ou cerfs-volants) trouvent des solutions simplistes et réductrices pour nous sortir de la merde (qu’ils disent de leur bar-tabac-éthanol…). La voie est toute tracée pour la mère Le Pen dont les discours ne sont pas plus élaborés que ceux du père, sinon beaucoup plus populistes depuis qu’elle présente et c’est nouveau un profil de grande contestataire de la gauche authentique (à quelques détails près tout de même, z’avez qu’à suivre). Vive son programme qu’elle a bégayé laborieusement un jour que je regardais la télé. Pas oratrice pour une drachme, la blondasse celtique. En tous cas, faudra pas venir chialer bande de gueux : deux tartes dans la tronche ! Oh ! pas données par moi, c’est juré. Difficile d’Andalousie…
Donc, on a commis l’erreur de faire l’Europe trop vite, l’économique avant le politique, bref, la charrue avant les bœufs, le fric avant l’amour, une relation de pute, quoi. Marine nous promet de supprimer la monnaie ionique pour revenir au Franc germinal, les barbelés en plus. Conséquence, 30% de perte de pouvoir d’achat au moins dans l’immédiat sur tous produits importés. Mais tout le monde aura du travail – puisqu’on relocalisera les fours crématoires -, les invalides et les paralytiques servis en premiers, cela va de soit. Faut soulager les voisins envieux. Comme on sera tous payés comme des Maliens, ce sera logique de raccompagner gentiment ces derniers chez eux, et comme ça, les buffles seront bien gardés.
En attendant, tout s’écroule, l’Europe, l’Euro, je rote, hamdou allah. Si l’un tombe, il en entraîne automatiquement un autre ; si l’Italie se blesse demain, l’Amérique mourra, c’est les économistes qui le rabâchent sans cesse depuis quinze jours. Tout n’est finalement qu’illusion.
Il a fait bon et doux. Quelques traits de soleil sur ma campagne tranquille. L’automne cogne à la porte, armé de sa palette aux superbes couleurs, je lui ouvre et le presse d’entrer. Thé ou café ? Et… un bon blunt de derrière les fagots, ça te dit ? Allez, olé !
Je ne sais pas pourquoi, mais quand je vois la Corse, je pense à Sarkozy. C’est idiot car à part son déni de la présomption d’innocence dans l’affaire Colonna ou son amitié infaillible pour le squatter de luxe C. Clavier, il n’y a aucun rapport. Même pas la haine que lui portent les Corses, on a la même à la maison. Sinon, quand mes amis corses m’enquiquinent un peu trop, je les menace d’une Opération Publique de Vente de NOTRE île de beauté, une OPV que les Chinois, vu qu’on leur doit quelques centaines de milliards de Francs d’Euros, ne manqueraient pas d’emporter. Ça ferait toujours ça de moins à faire rembourser aux générations à venir. Y a pas de sots remboursements. Les Grecs seront bien obliger de leur céder la Crête s’ils veulent survivre au cataclysme que leur propre pègre politico-financière a déclenché. Sans parler de leur meilleurs complexes industriels et portuaires. Pourquoi qu’on pourrait pas, nous, virer les Corses, avant qu’on coule avec Mussolini ? La Corse s’éloigne… la Corse se barre :
PETIT COURS DE GEOLOGIE :

Si la Corse nous montre du doigt depuis des millions d’années, ça n’a pas été toujours le cas : Il y a 300 millions d’années Corse et Sardaigne étaient collées à la “France” de l’époque. Le Golfe de Gènes s’est ouvert comme un compas (pour faire savant, dites en sphénochasme) puis ce mouvement s’est arrêté ; la Corse a pris la position qu’elle a aujourd’hui, pointant son doigt vers le Nord. Un bras d’océan s’est formé dans la mer, puis le mouvement a avorté. Du coup, la Corse, qui pointait son doigt sur l’hypothétique ville de Gènes, s’est mise à nous regarder d’un peu plus loin. L’index, par le truchement des loi de la géométrie, semble toujours dire que Gènes… ben, je sais pas.

Faites la même chose avec le Golfe de Gascogne, refermez-le et voilà la Péninsule Ibérique presque collée à la Bretagne ! Mais là, j’exagère un peu, la plage sous-marine atlantique est bien trop large. Moralité : quand la Corse était collée aux calanques, y avait pas de Pyrénées, et pas de corridas.

Mais, pour revenir à la Corse, elle aurait pu être ça :
Le pied pas loin de la botte italienne. Je n’y ai jamais mis les miens.

ou encore
Le doigt d’honneur typiquement corse. C’est pourquoi j’y vais pas.

Mas’oûdi, voyageur, géographe
siècle.
Pour en savoir plus sur ce routard
du Xe siècle, clique sur la carte
du monde qu’il nous a légué.
Abûl-Hasan Kharaqâni, maître soufi, Xe siècle
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le livre écrit par
le saint-homme.

Attâr, poète persan, XIIIe siècle.
Pour en savoir plus, clique sur
le joli bouquin qu’a écrit
le monsieur.

Ouaaaaaiiiiii !!! Ils ont sauvé l’Europe, vive la Grèce. On va pouvoir continuer pareil. Sursis de quelques mois avant la prochaine ignition, the next naufrage ; eau et feu à tous les étages. Bon, entre temps, les Français perdent 15 patates de plus mais personne n’y verra rien. Qu’est-ce que 15 milliards d’Euros quand on a déjà un trou de 1700 milliards à la place du derche ? une maigre pustule polypeuse comparée au cancer généralisé du colon français, cochons de Français… De toutes façons, on remettra la main au porte-monnaie dans pas longtemps. Pour la Grèce évidemment vu qu’y vont pas changer en trois jours – un Grec c’est un Grec, comme on dit chez nous en Auvergne -, pour l’Irlande, pour le Portugal, pour l’Espagne, pour l’Italie… heu… pour l’Angleterre… sans oublier nous-mêmes, rois des dominos. On va pas tarder à se venir en aide, vous verrez. Solidarité. Les riches Allemands, nous secourir ? trop occupés à ramasser leurs vieux à la teelöffel, sans oublier que leurs chiards sont presque tous skinheads porteurs de croix, antisociales mais nationalistes quand même. Prêts à nous refaire le coup de la grande guerre au premier tournant. Tout va bien dans le Saint Empire Germanique des 27.
La Norvège souffle fort. Je ne sais pas ce qu’ils ont fait pour qu’on leur fasse ce truc impressionnant. Proies faciles du terrorisme sans aucun doute. Ah non. C’est Oslo qui dérange. Oslo, c’est l’Europe faisant la pluie et le beau temps dans sa sphère géopolitique imaginaire en essayant d’imiter les Ricains. Pas facile la diplomatie globalisée quand on veut être juge et partie. Faut être américains…
Bon, j’ai pas grand-chose à dire, je bulle et c’est tant mieux. Une autre fois peut-être ? Babaille, Sioux lecteurs. Les Apaches aussi.