Nationalisme corse et République

Posté dans Textes rapportés avec des tags , , , , , , le 30 avril 2012 par alzaz

Régions en révolte contre les Etats ? Corse comprise ? Pas tant que cela si l’on s’en tient aux dire de Paule Parsi-Graziani (en 2001), l’une des fondatrices du mouvement “Manifeste pour la vie”. Les Corses sont en majorité ancrés dans la République.

“Nous sommes 260000 habitants dont un tiers de retraités et de personnes âgées. Trente mille émigrés, une forte présence de fonctionnaires et employés. La Corse piétine dans le sous-développement avec un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale.

Le président des Prud’hommes peut ouvrir l’année 2002 en affirmant que nous sommes une région  où les droits des salariés sont les moins respectés. Au même moment, le procureur de Bastia parle de l’année 2001 comme une “année de sang“.

Dans ce contexte politique et social défavorable, économiquement faible, secoué par les violences, la population assiste en spectateur fatigué à toutes les dérives. Jusqu’en 1950, le système clientéliste a bien fonctionné (héritage de l’Antiquité, il est fondé sur “le don et le dû” – le “il n’y a pas de droit sans dette“). Il a eu la capacité à fournir une issue vers l’exil à des milliers de Corses que le solde excédentaire des naissances, la misère, la pression étouffante des structures familiales et sociales poussaient au départ. La gestion de l’exode et la gestion de l’emploi ont coïncidé longtemps.

Mais survient l’effondrement de l’empire colonial, l’indépendance de l’Algérie et on ne peut plus que caser ailleurs les quémandants, on ne peut pas les caser sur place. L’arrivée massive des pieds-noirs, jouissant d’avantages propres, qui installent une agriculture mécanisée et commerciale, impulsent l’essor du tourisme, de l’hôtellerie et attirent une abondante main-d’œuvre maghrébine, est vécue comme un traumatisme, une dépossession de cette terre considérée comme un bien collectif et sacralisée.

Les partis de gauche font très vite l’analyse des causes du problème corse mais ne réussissent pas à organiser une réponse de masse. Il y a en 1975 les événements tragiques d’Aléria, et ce seront ensuite des décennies de revendications violentes, un discours qui a oscillé entre régionalisme (autonomie interne) et maximalisme (indépendance) qui fait l’impasse sur la lente émergence de la lutte des classes et ses conflits, réduit des problèmes complexes et douloureux à la fiction d’un peuple tout entier opprimé par une puissance étrangère et colonialiste et offre le rêve d’une “Europe des Régions-patries“, nourricière et garante de notre droit de propriété sur le sol corse.

Ce discours qui a toujours privilégié l’action au détriment de la construction d’un projet de société (se poser en s’opposant) s’adosse à la lutte armée des clandestins. C’est un discours qui séduit une partie de la jeunesse, exorcise la peur de la perte identitaire et se légitime par les incohérences et les impuissances des gouvernements successifs dont les réponses oscillent entre laxisme et répression – entre négociations occultes – et dérapages de l’appareil d’État.

Qu’en est-il aujourd’hui après des milliers d’attentats, des centaines d’assassinats, un cortège impressionnant de règlements de comptes, des fractures entre ‘courants” concurrents ou rivaux, des alliances tactiques ou obligées avec le banditisme – qui en a profité pour s’installer dans tous les rouages de la société ?

Les statistiques de l’emploi, de la désertification rurale, de la dépendance commerciale, de la criminalité, le disent bien : la Corse est hors du marché, hors de l’État de droit sur le plan politique et hors de la citoyenneté par ses principes d’exclusion. Les médias nationaux laissent volontiers accroire que la majorité des Corses est complice de ce gâchis. Or, cette majorité est victime et non acteur. Cette majorité réaffirme dans chaque scrutin son attachement à un ancrage dans la République (les nationalistes toutes tendances confondues ont totalisé 21% des suffrages aux élections territoriales). Cette majorité travaille, crée, entreprend, peine et réclame une société démocratique et un développement. Elle veut concilier une adhésion séculaire à la France et un attachement profond à son identité, sa culture, sa langue, son environnement. Elle veut assumer son métissage.

Depuis 1976, l’État cherche des réponses institutionnelles au problème corse et ce furent : la création de deux départements, le statut Deferre, le statut Joxe, et enfin le “processus de Matignon”. Certes, cette dernière démarche a marqué un progrès. Les négociations se sont déroulées au grand jour avec les élus. Mais aucun d’entre eux, à l’exception des nationalistes – très clairs sur leur objectif : l’indépendance – n’avait lors des dernières campagnes électorales abordé les questions fondamentales sur lesquelles ils ont délibéré. Les habitants de l’île n’ont pas participé à l’élaboration de ce projet qui devait transformer leur avenir. “Il faudra bien un jour consulter les Corses…“, a dit le premier ministre. “Il faudra bien“. Hélas ou malgré tout ? Et quand ? Donc déficit de démocratie.

De même en ce qui concerne le plan exceptionnel d’investissement, indispensable et bienvenu, mesure de rattrapage des retard de la Corse, les décisions prises entre Matignon et l’exécutif de l’Assemblée territoriale, l’ont été sans débat public, sans concertation large avec l’ensemble des collectivités sur le choix des priorités, sans interrogation sur notre capacité financière et humaine à l’assumer. Là encore, déficit de démocratie.

Ni les changements institutionnels ni les subventions ne suffiront à changer notre sort. Nous n’auront pas de développement économique sans retour à la paix.

Nous n’auront pas de paix tant que les bandes armées feront leur loi, tant que les assassinats seront un mode banal de régulation des conflits. (Et que l’on ne nous demande pas de trier les cadavres “politiques” ou de “droit commun”, il serait inadmissible de les laisser tomber dans l’oubli. Ici, plus qu’ailleurs, nous savons que les morts niés hantent les vivants). L’impunité des crimes passés autorise les crimes à venir. Les violences tolérées favorisent la captation de nos richesses par une minorité mafieuse.

La question centrale est bien celle de la démocratie. Elle conditionne notre avenir.

Consultations des Corses, application des lois de la République dans le respect du droit et de la justice sont les indispensables préalables.

Un certain nationalisme (corse)

Posté dans Textes rapportés avec des tags , , , , , , le 29 avril 2012 par alzaz

Voici un extrait des colloques ayant cours au Mans chaque année. Il s’agissait, c’était en 2001, de décortiquer les antagonismes Régions/État au travers le monde, et c’est Éric Simoni qui intervient ici.

“Le nationalisme corse, contrairement à d’autres nationalismes, n’a jamais reposé sur l’exaltation outrancière d’un particularisme exacerbé, ni sur la recherche d’une improbable pureté raciale ou ethnique.

Au delà des campagnes de désinformation malveillantes dont la Corse en général, et le mouvement nationaliste en particulier, ont fait les frais, les indépendantistes corses n’ont jamais véhiculé d’idées xénophobes ou racistes, et le combat qu’ils mènent depuis toujours pour que la Corse rayonne, tisse des liens culturels et économiques avec les autres peuples, au premier rang desquels ceux de Méditerranée, est antinomique d’une démarche de replis sur soi.

C’est au contraire la situation de dépendance entretenue depuis plus de deux siècles qui a interdit jusqu’ici toute ouverture, tout développement et qui a permis de maintenir artificiellement la Corse sous tutelle.

Il existe en France une forme de nationalisme découlant directement d’une conception obsolète, et de plus en plus inopérante, de l’État-nation. Ce nationalisme-là a un caractère hégémonique. Il tend a broyer les peuples et les cultures au nom d’une vision aussi éthérée que totalitaire de la Nation et de la citoyenneté. Il est par essence expansionniste. Il a justifié le colonialisme et est toujours aujourd’hui à la source de bien des incompréhensions et de conflits. Ceux qui s’en font les champions sont autant hostiles aux revendications identitaires qui échappent à leur contrôle, qu’ils sont, instinctivement, sans jamais l’avouer, anti-européens. S’ils participent contraints et forcés, “realpolitik” oblige, à la construction européenne, ce sera toujours en traînant des pieds, en réservant leurs critiques les plus acerbes pour leurs voisins, ou en essayant de consolider des niveaux administratifs qui, en toute logique, auraient plutôt vocation à disparaître.

Il y a pourtant une autre manière d’appréhender la Nation, sur des bases concrètes, culturelles, sociologiques, et pour tout dire simplement humaines, l’État n’étant alors qu’un simple outil, un instrument au service des intérêts du Peuple, et donc de la Nation. Ce nationalisme, quant à lui, reconnaît à tous les Peuples de la planète, les mêmes droits, sans hiérarchisation des valeurs et des cultures, dans un esprit de conciliation et d’échanges constants, d’enrichissement et de respect mutuels de la part de communautés qui participent, chacune à sa manière, à une seule humanité.

Il s’oppose aux tentatives d’uniformisation du paysage humain, que celles-ci découlent de considérations d’ordre purement “économique”, d’une mondialisation non maîtrisée, ou de l’application de dogmes qui ont eu naguère la prétention de faire le bonheur des peuples malgré eux. De la même manière qu’on a pu parler de “théologie de la libération”, le nationalisme corse, qui s’inscrit résolument dans cette démarche émancipatrice, participe donc à sa modeste place à cet humanisme combattant qui, du Chiapas mexicain aux rivages et montagnes de notre pays, crée partout des “poches de résistance” face à la déshumanisation programmée du monde.

Cet humanisme du réel, qui prend à son compte les peuples et leurs cultures, les individus et leur attachement viscéral à une terre, les sentiments, les espoirs et les besoins de tous et de chacun, s’oppose aux “humanismes” virtuels, aux “humanismes” de façade, qui ne servent que d’alibi ou de force d’appoint aux systèmes dominants.

Il ne véhicule pas une image préfabriquée de l’homme, et encore moins une conception ethnocentriste de l’universel. Non, il va chercher à la source des peuples vivants de ce monde, dans l’émerveillement sans cesse renouvelé de leur multiplicité sociale et culturelle, l’essence même de ce qui peut être partagé par tous.

Ainsi la volonté d’indépendance ne doit pas être systématiquement présentée comme l’expression d’un séparatisme stérile et sans perspective. Au XXIe siècle, elle traduit souvent, bien au contraire, l’ambition de participer à la création de nouveaux espaces, plus pertinents, d’échanges et de développement, au sein d’un système mondiale moderne fait d’interdépendances maîtrisées et librement consenties. Dans cette optique, les nationalistes corses se sentent profondément européens. Mais ils savent qu’une Europe qui se construirait sur la base d’États centraux, dont la légitimité est plus que contestée, serait une Europe fragile et instable.

La résolution politique du problème corse devrait donc constituer une priorité au même titre que celle des questions basque ou irlandaise. Là où le dialogue s’instaure dans la clarté et le respect des interlocuteurs, la cause de la paix avance, en même temps que se dévoilent des solutions durables. Mais lorsque le mépris, la diabolisation de l’autre et le cynisme à courte vue l’emportent, alors les logiques de conflits reprennent leurs droits.

Les Corses connaissent bien ces règles immuables de l’histoire et de la politique. Ils ont prouvé que, chaque fois que le dialogue était clairement privilégié, ils y adhéraient sans hésitation.

Aujourd’hui, les États constitués d’Europe, et la France en premier chef, sont à un tournant de leur histoire. Des réponses qu’ils seront capables ou non d’apporter aux attentes des Nations sans État de l’Europe occidentale, dépendront leur avenir et leur pérennité. A eux de ne pas céder à une crispation identitaire mortifère, face à des évolution nécessaires et inéluctables.

Eric Simoni est porte-parole de Corsica Nazione.

Marchandisation de l’eau et mondialisation

Posté dans Textes rapportés avec des tags , , , , , le 17 avril 2012 par alzaz

“La mondialisation est surtout une narration, une narration des classes dirigeantes qui essaient de légitimer le monde qu’ils sont en train de créer en disant : “C’est la mondialisation. C’est nous. Nous sommes en train de faire notre société mondiale.” Et même s’il reconnaissent qu’il y a des limites, ils disent que c’est normal. La mondialisation est donc importante par rapport à l’eau parce qu’elle est pleine de symbolique.

La mondialisation a quatre symboliques fondamentales : primo, c’est le marché qui est la mondialisation, le marché comme transaction entre individus libres. Plus le marché est mondial, plus la liberté augmente.

La deuxième symbolique, est d’affirmer que le seul acteur important à l’échelle mondiale, c’est l’entreprise, ce n’est pas l’État. L’État-Nation est trop petit, le pouvoir politique est trop segmenté. C’est l’entreprise libre qui peut agir ou exploiter toutes les ressources naturelles de la planète pour justement opérer sur le marché, afin que chacun puisse optimiser son utilité individuelle en tant que consommateur, en tant qu’actionnaire, pas en tant que citoyen.

La troisième symbolique de la mondialisation, c’est le capital, le capital important, le capital essentiel. La source principale de la richesse, c’est le capital privé, ce n’est plus le travail. Le travail est un coût pour le capital. Le capital mondial est la grande source de la liberté, la grande source de la richesse.

Et la quatrième symbolique, consiste à dire que la mondialisation est la fille de la science, de la technologie, de l’information, de la connaissance. La mondialisation est donc l’expression de la connaissance.

Comment tout ceci se traduit-il lorsqu’on l’applique à l’eau ?

L’eau, c’est une marchandise. Qui peut bien la gérer ? L’entreprise. L’eau doit valoriser le capital. Et s’il y a des problèmes, c’est la technologie qui va les résoudre.”

Ricardo Petrella (économiste et professeur à l’université catholique de Louvain).

“Cette mondialisation, c’est effectivement une idéologie, c’est une narration, un discours de légitimation d’un processus historique, qui est évidemment beaucoup plus complexe que cette idéologie, mais qui permet l’appropriation du processus par ceux qui vendent leur idéologie. Or, cette idéologie est “made in USA“, c’est une extension à la planète d’une idéologie fabriquée au États-Unis. Mais je ne voudrais pas tomber dans un antiaméricanisme sommaire, car nous sommes tout à la fois victimes et complices de cette aventure, parce que tous, nous sommes dans le rêve américain aussi, mais ce rêve américain, c’est le rêve de l’infini, c’est le progrès infini, c’est le marché infini, c’est le rêve de la frontière qui se déplace avec l’homme qui avance vers l’Ouest. Quelle mythologie inventer, si j’ose dire, quel contre-mythe inventer à ce mythe-là ? Je n’ai pas de réponse à cette question, mais je pense à un contre-mythe au mythe américain qui nous possède tous -et demain, les Chinois aussi, parce que les Chinois vont entrer dans le mythe de la société infinie. Il faut surtout faire comprendre que la nature n’est pas infinie. Ce n’est pas un hasard si le mythe de la mondialisation bute sur le problème écologique.”

Camille Tarot (professeur de sociologie et d’ethnologie à l’université de Caen)

Mars 2005, 15ème carrefour Le Monde diplomatique Carrefours de la pensée – “L’eau, source de vie, source de conflits“, Le Mans.

Marché et capitalisme

Posté dans Textes rapportés avec des tags , , , le 17 avril 2012 par alzaz

Toujours chopé dans le 15ème carrefour ‘Le Monde diplomatique’ ‘Carrefours de la pensée’ sur le thème “L’eau, source de vie, source de conflits”, qui s’est déroulé au Mans en Mars 2005, voici un texte extrait du débat. C’est Camille Tarot, professeur de sociologie et d’ethnologie à l’université de Caen, qui s’exprime :

“Alors, nos esprits forts qui croient que les lois de la nature sont quelque chose d’objectif s’insurgent : “Regardez, ces sauvages, ils ne savaient pas raisonner !” Justement, moi, je crois que les sauvages ont en partie raison : si la société est mal gérée, alors elle dérègle la nature. Et aujourd’hui, c’est ce que nous vivons dans de tout autres contextes. On nous dit que la loi du marché est une réalité objective, au dessus de nous à laquelle nul n’échappe. La loi du marché n’est pas plus mauvaise qu’une autre, mais elle tue la nature puisqu’elle ne lui donne pas le temps de se reproduire. Le problème du capitalisme, c’est le problème du temps.Or, le problème du temps, c’est de maîtriser le désir des hommes en leur disant : “Attends ! Tout est possible, mais attends !” Mais la règle aujourd’hui, c’est : “Tout tout de suite pour tout le monde.” Ce n’est pas possible. Et la nature crève. Mais c’est l’utopie qui nous gouverne. “Encore plus de marché ! Et plus ce sera commercialisé, mieux ce sera“.

Que sont devenus nos biens publics communs ?

Posté dans Textes rapportés avec des tags , , , le 13 octobre 2011 par alzaz

Hello, je suis de retour et bien vivant malgré le sort qui m’est promit.

Je mets un petit extrait de texte volé à Ricardo Petrella (économiste et professeur à l’université catholique de Louvain à l’époque) puis j’irai faire une sieste. Je n’écrirai plus par moi-même dorénavant mais par l’intermédiaire de personnes qui s’expriment bien mieux que moi. Ce que je publierai me ressemblera forcément de toutes façons. Voilà qui est dit.

“La dimension financière est importante pour justifier que l’eau soit un bien commun public. Souvenez-vous, dans un passé récent, lorsque nos sociétés pensaient qu’il fallait des services communs, elles ont créé les Postes. Les gens étaient fiers des Postes. Comme ils étaient fiers de leurs hôpitaux, de la qualité des services de santé français, des hôpitaux français. Ils étaient également fiers des autoroutes, des écoles publiques, de la distribution du gaz et de l’électricité, des transports ferroviaires nationaux comme la SNCF, des transports métropolitains, etc. Bien entendu, on était fier aussi de l’armée, de la police. Pour financer et subventionner tout cela, on disposait en France d’un ministère à la dénomination significative, le ministère du Trésor Public, on ne parlait pas de ministère des Finances. Et comment finançait-on tous ces services nationaux, l’armée, la police, la magistrature, l’eau, le gaz, l’électricité, les chemins de fer…? Par la fiscalité. C’est à dire la finance publique, parce qu’on considéraient qu’il était important d’avoir un Trésor public commun. Aujourd’hui, petit à petit, on explique que tout cela doit être financé par le privé. Transports urbains, école, santé, vieillesse, hôpitaux, électricité, gaz, on commence à tout privatiser. Les caisses d’épargne aussi. Même la Caisse des dépôts et consignations, vous en France, vous êtes en train de la privatiser. Qu’est-ce qui vous restera dans le domaine public, en Trésor public ? L’armée et la police. Félicitations.”

Mars 2005, 15ème carrefour Le Monde diplomatique Carrefours de la pensée – “L’eau, source de vie, source de conflits“, Le Mans.

AVEZ-VOUS DES AMIS ? (publié en 2009 et réactualisé)

Posté dans Philosophie politique avec des tags , , , , , , le 9 octobre 2011 par alzaz

Amitié
concorde-republicaineAristote plaçait l’amitié au dessus de la justice. De l’amitié entre individus à la concorde citoyenne, c’est la philia ou amitié entre concitoyens qui, non seulement assure la cohésion de la cité, mais est aussi l’une des conditions fondamentales du bien-être commun, sinon La condition. Sans l’amitié, le politique est un désastre et le “diviser pour mieux régner” devient le fait courant des tyrannies : une république sans amis devient inévitablement despotique, sans pour autant le reconnaître : la société ne peut plus que se mentir par intérêt. La chose publique – la res publica – ne peut être l’affaire de quelques-uns, et pour ce qui est de la France actuelle, une France haineuse il faut le dire, l’histoire replacera un jour les choses à leur juste place. Je ne vise personne en particulier.

AristoteAristote décrit trois sortes d’amitié. Amitiés en vue de l’intérêt, en vue du plaisir, et amitié entre les hommes pour leurs vertus, je dirais pour leur éthique, personnelle mais partagée. Les deux premières sont dites accidentelles car elles ne durent qu’un temps et ne se basent pas sur les ressemblances entre partenaires. La personne aimée n’est pas aimée pour ce qu’elle est, mais en tant qu’elle procure soit un bien, soit du plaisir. Ce sont des amitiés capricieuses, fréquentes et courtes. Amitié des marchands ou amitié des enfants, disait Aristote pour chacun des deux types. La dernière foàrme qu’il cite, qu’il chérit le plus d’ailleurs, forme achevée fondée sur les ressemblances vertueuses, est aussi rare que les hommes de vertus eux-mêmes. Elle est longue à venir car les caractères doivent apprendre à se connaître pour se faire confiance, par apprivoisement de type “petit prince – renard”, mais elle est assez stable et plutôt durable. Rares sont ceux qui perdent leurs qualités morales en viellissant, sinon par sénilité débilisante. Cette forme d’amitié se réalise à travers des actes amicaux, signes de bienveillance mutuelle, et donne lieu à de vrais partages de vie.

arendtPour Aristote, seule l’amitié des vertus, considérée comme vraie, peut conduire au bonheur. Elle estompe les inégalités entre amis, et, vaut même “égalité“, car elle implique la communauté des biens donnant une cohésion à l’ensemble ami-ami. A l’échelle des individus, on ne peut avoir beaucoup d’amis, car “à vouloir trop de personnes amies, on finit par n’avoir l’amitié de personne” et, d’autre part, on ne saurait servir trop d’amis à la fois.
Mais pour Hannah Arendt, l’amitié est fondamentalement politique : “Chez les grecs, l’essence de l’amitié consistait dans le discours. Ils soutenaient que seul un “parler-ensemble” constant unissait les citoyens en une polis. Avec le dialogue se manifeste l’importance politique de l’amitié, et de son humanité propre. Le dialogue (à la différence des conversations intimes où les âmes individuelles parlent d’elles-mêmes), si imprégné qu’il puisse être du plaisir pris à la présence de l’ami, se soucie du monde commun, qui reste inhumain en un sens très littéral, tant que des hommes n’en débattent pas constamment. Car le monde n’est pas humain pour avoir été fait par des hommes, et il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue. Quelque intensément que les choses du monde nous affectent, quelque profondément qu’elles puissent nous émouvoir et nous stimuler, elles ne deviennent humaines pour nous qu’au moment où nous pouvons en débattre avec nos semblables. [...] Nous humanisons ce qui se passe dans le monde et en nous en en parlant, et, dans ce parler, nous apprenons à être humains. Cette humanité qui se réalise dans les conversations de l’amitié, les Grecs l’appelaient philanthropia, “amour de l’homme”, parce qu’elle se manifeste en une disposition à partager le monde avec d’autres hommes.

tankJe crains que la leçon ne soit ni comprise, ni retenue. Glissant sur la pente de l’envie, de la jalousie, comme dans les années 30, nous aurons un monde encore plus déshumanisé car fermé au dialogue, avec les aléas d’interventions étatiques, autoritaires dans la mesure où elles seront impopulaires, arbitraire quand il n’y a plus de sens commun. Les conditions de la philia n’étant pas réunies, la cohésion ne pourra être maintenue que par la force, artificiellement. Enfin, les états européens n’ont pas saisi la chance de construction qui se présentait à eux : l’Europe fraternelle, l’Europe des peuples n’aura pas lieu. Chacun pour soi et sauve qui peut. Un autre risque se profile : celui du renfermement des pays sur eux-mêmes, avec les menaces de guerres que l’on sait lorsque les nations se sclérosent en entités barbares. Ce qui est à l’échelle des individus se retrouve en géopolitique. L’amitié entre les peuples réaliserait leur bonheur autant qu’elle les humaniserait. Une certaine élite prône aujourd’hui l’intolérance totale (tolérance zéro), faisant le lit de la sauvagerie latente. Si les barbares étaient autrefois ceux qui menaçaient les empires à leurs frontières, ce n’est plus le cas, ils sont parmi nous et ont revêtus les oripeaux de la culture. Il est une barbarie policée, bardée de politesses non sincères mais contraintes, sans amis.

confiancePour en revenir à la situation économique, on cite “la chute de confiance” et “la crise du crédit“. D’une façon sémantique, cela traduit une perte d’amitié. Pour avoir confiance, nous l’avons dit, il faut se connaître, ce qui sous-entend la mise en place de codes et de règles d’identification, mais également d’opiner le plus justement possible, ensemble et dans le partage : il n’y a pas de place au mensonge là non plus. Crédit vient de credere = croire. On ne croit donc plus ni en l’un, ni en l’autre. C’est tout l’inverse de l’amitié. A l’origine de cette crise il y a la dérèglementation et la dérégulation, ce qui a entraîné plus d’opacité dans le système. Moins de règles, moins de clarté, moins de confiance… On nous cache tout, on nous dit rien ! Pour “réparer” la perte de plusieurs milliers de milliards de dolars, les états libéraux interviennent, sans vouloir faire dans l’oxymoron, et il y a quelque chose de peu cohérent là-dedans. Le résultat, toujours et c’est fatal pour les pauvres, est qu’on privatise les profits pour nationaliser les pertes. D’un côté, quelques types se sont enrichis en nous ruinant une première fois, de l’autre, nous, qui allons doublement payer pour combler le trou de leur dette. Profits privatisés et pertes partagées, tu parles d’amitié.

amitie-entre-les-peuplesL’amitié raisonnée n’est encore pas l’amitié la plus pure ; quelque chose biaise qui me rappelle l’ego agissant. Pour l’amitié de complaisance, le plaisir passe et n’est pas toujours sain. Par (dés)intérêt, on peut se passer de l’autre et un service n’est pas systématiquement rendu. Quant aux qualités humaines, les vertus, et si elles changeaient en cours de route ? nul n’est parfait. Amitié pour un tel mais pas pour l’autre, c’est aussi louche que subjectif, une vertu. J’y vois encore l’œuvre de l’Ego individualiste. A mon sens, la seule, la vraie amitié est amour absolu (on peut y mettre un A majuscule par convention, mais c’est idiot), sans conditions, sans raisons particulières, non dirigée, non exclusive, pas intéressée, non calculée. L’amitié comme stase, immuable et incorruptible. Dans ce cas, aucun mariage formant couple (mot féminin utilisé en agriculture : une couple de bœufs) n’a de sens : un harem géant non institué et totalement partagé comme un syncytium symbiotique. La fiesta sans fin et sans gueule de bois. Personne au travail, chacun à l’ouvrage. Mais cela suppose des individus non aliénés, équilibrés par delà la morale, par-delà le Bien et le Mal, par delà la possibilité de jugement, sans avidité et ne comblant que des besoins réels et non phantasmés. Si les bons comptes font les bons amis en ce bas monde de gens cupides, la notion de profit et la volonté de tuer la gratuité (je pense à l’affaire des Petits chanteurs à la gueule de bois qui ne peuvent plus offrir gracieusement leurs voix) me paraîssent stérilisantes et divisent, diaboliquement. L’homme est le seul animal à pouvoir mettre des informations en commun – peut-être les pieuvres dans 100000 ans ; ici, il faut tout acheter, ce qui ralentit le développement et la créativité quand il n’y circule plus d’argent comme moyen. Ceux qui en ont fait un but sont des criminels. Tout compte fait et dans un monde idéal, “nul compte, ni bon ni mauvais, ne peut faire l’amitié vraie“.

bagarre

Extrait de l’Ethique à Nicomaque d’Aristote :

“La parfaite amitié est celle des hommes vertueux et qui sont semblables en vertu : car ces amis-là se souhaitent pareillement du bien les uns aux autres en tant qu’ils sont bons, et ils sont bons par eux-mêmes. Mais ceux qui souhaitent du bien à leurs amis pour l’amour de ces derniers sont des amis par excellence (puisqu’ils se comportent ainsi l’un envers l’autre en raison de la propre nature de chacun d’eux, et non par accident) ; aussi leur amitié persiste-t-elle aussi longtemps qu’ils sont eux-mêmes bons, et la vertu est une disposition stable. Et chacun d’eux est bon à la fois absolument et pour son ami, puisque les hommes bons sont en même temps bons absolument et utiles les uns aux autres. Et de la même façon qu’ils sont bons, ils sont agréables aussi l’un pour l’autre : les hommes bons sont à la fois agréables absolument et agréables les uns pour les autres, puisque chacun fait résider son plaisir dans les actions qui expriment son caractère propre, et par suite dans celles qui sont de même nature, et que, d’autre part, les actions des gens de bien sont identiques ou semblables à celles des autres gens de bien. Il est normal qu’une amitié de ce genre soit stable, car en elle sont réunies toutes les qualités qui doivent appartenir aux amis. Toute amitié, en effet, a pour source le bien ou le plaisir, bien ou plaisir envisagés soit au sens absolu, soit seulement pour celui qui aime, c’est-à-dire en raison d’une certaine ressemblance ; mais dans le cas de cette amitié, toutes les qualités que nous avons indiquées appartiennent aux amis par eux-mêmes (car en cette amitié les amis sont semblables aussi pour les autres qualités) et ce qui est bon absolument est aussi agréable absolument. Or ce sont là les principaux objets de l’amitié, et dès lors l’affection et l’amitié existent chez ces amis au plus haut degré et en la forme la plus excellente.”

Extrait des Essais de Montaigne (1580-1595) sur l’amitié qu’il entretenait avec Etienne de La Boétie, de trois ans son ainé, livre Ier, chapitre XXVIII :

“Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : «Parce que c’était lui, parce que c’était moi.»

Il y a, au-delà de tout mon discours, et de ce que j’en puis dire particulièrement, je ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus, et par des rapports que nous entendions l’un de l’autre, qui faisaient en notre affection plus d’effort que ne porte la raison des rapports, je crois par quelque ordonnance du ciel; nous nous embrassions par nos noms. Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche que l’un à l’autre. Il écrivit une satyre latine excellente, qui est publiée, par laquelle il excuse et explique la précipitation de notre intelligence1, si promptement parvenue à sa perfection. Ayant si peu à durer, et ayant si tard commencé (car nous étions tous deux hommes faits, et lui de quelques années de plus)2, elle n’avait point à perdre de temps et à se régler au patron des amitiés molles et régulières, auxquelles il faut tant de précautions de longue et préalable conversation. Celle-ci n’a point d’autre idée que d’elle-même, et ne se peut rapporter qu’à soi. Ce n’est pas une spéciale considération, ni deux, ni trois, ni quatre, ni mille : c’est je ne sais quelle quintessence de tout ce mélange, qui, ayant saisi toute ma volonté, l’amena se plonger et se perdre dans la sienne; qui, ayant saisi toute sa volonté, l’amena se plonger et se perdre en la mienne, d’une faim, d’une concurrence pareille. Je dis perdre, à la vérité, ne nous réservant rien qui nous fût propre, ni qui fût ou sien, ou mien.

MontaigneMontaigne et La Boétie ont été amis pendant 6 ans seulement. Etienne mourra subitement à 38 ans, ce qui laissera Montaigne comme privé d’une partie de lui-même des années durant ; liés par le destin, ils vécurent une amitié fusionnelle. Dix-huit ans après ce décès, Montaigne en est toujours troublé. Pourtant, on ne peut pas dire que La Boétie ait influencé Montaigne. L’amitié était sincère et vraie : non calculée et ineffable.

L’homme et le divin ou un dimanche matin comme les autres

Posté dans Arabesques, Epistémologie, Petites histoires de l'humanité, Petites histoires de philosophie, Potins, Psychanalytique, Religions avec des tags , , , le 2 octobre 2011 par alzaz

Je ne serai pas contredit si j’affirme que la fin du monde approche. Mais avec ça, on est bien avancé. Car à quoi ça aurait servi que l’humain se manifeste cosmiquement si ça doit se terminer aussi bêtement. Quel est le sens de ma vie ? se pose-t-on souvent comme question. On n’en a cependant jamais la réponse, elle change tout le temps sans honte de se contredire. Certains on soutenu mordicus que tout est absurde, que de sens il n’y en a pas ; ils l’ont même démontré après que les hommes se furent acharnés à tuer Dieu, tout au long du XVIIIe siècle. En partant du postulat que ce dernier n’existe pas (Marx), qu’il est une création de nos esprits malades (Freud) ou encore qu’il est mort (Nietzsche), toute l’explication du monde que nous nous faisions autrefois s’écroule, ne tient plus la route (à part pour quelques esprits malins). Or, ces trois mousquetaires de la pensée profonde étaient sensés nous guérir d’une aliénation socio-culturelle bien ancrée depuis Adam en chacun de nous, cela n’a fait que créer un vide mental supplémentaire : nous n’avons plus d’horizon spirituel depuis longtemps. J’entends par-là qu’une cassure s’est produite, un peu comme une rupture épistémologique de l’histoire, mais dans notre perception extra-temporel du monde. La magie ne produit plus ses effets, l’univers devient banal voire ordinaire, tout perd de son sacré. Et pourtant, les totems sont toujours là même s’ils n’ont fait que changer de forme, tout comme les tabous par ailleurs. Au bout du compte, nous n’avons plus rien à faire sur cette terre, à part tuer le temps, ou tuer de l’homme.

La fin des temps approche, repentons-nous, disait l’artiste. Mais devant qui se repentir ? Qui fait donc autorité si Dieu n’est plus ? De quoi, au fait, se repentir ? D’un péché originel purement inventé à l’origine de notre néolithique ? Autant alors jeter en prison les nouveaux-nés ! car mon baptême m’a lavé d’une faute que je n’ai pas commise, c’est la société malade qui m’a rendu taré. Dès le berceau. Cerveau magique mais fragile. Ce que je dis pour moi, vaut aussi pour toi. On peut y remédier, grâce à Dieu justement. Oh, certainement pas ce dieu lointain, qui est on ne sait où, ici ou là-bas, ailleurs et nulle-part ; pas ce dieu qu’on nous assassinait au nom de son amour ; pas ce truc qui finit par nous apparaître comme fou autant qu’on nous en parle ; pas un dieu jaloux et vengeur, mais “prompt pour pardonner, lent à la colère”, miséricordieux. Mon dieu n’est pas cette altérité inaccessible et je ne suis pas étranger non plus à lui. Il est si présent qu’on ne le voit pas, il est moi, mais je ne suis pas lui. Toutefois, je et lui se confondent au point de n’être qu’un. Il est La choseté, ce qui reste quand tout s’éteint et disparaît, il est l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier. Il est le principe de toutes choses et il en est l’instigateur suprême, qui veut ou ne veut pas, en créant temps, énergie et matière ici-bas, en annulant tout pour se réaliser autrement, toujours de façon différente, sans jamais se répéter, éternellement. La choseté est l’infinitude qui se voulait exprimer, qui change constamment tout en restant la même, l’unique. Le terme “dieu” est nécessaire pour que cela soit ainsi, et cela est selon sa volonté. Nous sommes une des façons infinies qu’il a de se réaliser, dans notre finitude humaine et matérielle, nous sommes une de ses manifestations multiples, nous sommes Lui en sa totalité, car il est Un. Rien n’est sinon Lui, sinon une illusion. Nom de Zeus, que mon ego en prend un coup !

Que suis-je ? Ou plutôt, qu’est je ? Avouons-le – ce n’est pas une question d’humilité : une part divine désacralisée depuis l’origine de la conscience humaine parce qu’elle a peur, dieu conditionné à la sauce ordinaire d’un monde cracra, une âme sans esprit, c’est tout. Et c’est pas rien. Dieu est je, dieu est également l’autre, le non-soi, l’inerte et le vivant, l’homme en somme. Le verbe s’est fait chair que l’éther divin habite intégralement. Ainsi soit-il ! Pour moi, en ce qui concerne la faute et le reproche, le bien et le mal sont donc relatifs. J’en ai dit trois mots dans un autre article. Relatifs à ce qui fait mon être. Bien et mal ne peuvent être que des notions intimes et personnelles, appartement à l’intériorité. Le bien serait ce que je veux pour moi, j’en fais ce que je veux car mon bien à moi n’est pas le tien. Le bien pour un Européen n’est pas le bien pour un Chinois. Le bien d’hier n’est pas le bien de maintenant, qui aura le temps d’être changé en bien de demain. Pas de bien ni de mal, et pourtant. Ces deux termes appartiennent au monde relatif des ego ordinaires ; dans l’absolu, ils appartiennent seulement au dieu, au dieu qui est notre moi suprême et subtil : dieu est Ego, l’homme est ego, un peu comme dans la même baraque. Relatif/conditionnel et absolu/universel en des domaines confondus, en un seul kit, en une seule vibration. Soit, je reste ego ordinaire, soit, je s’exhausse à son Ego réel. Sois je reste homme-poussière, sois je réalise la divinité qui est en soi, par sa simple grâce, sans travail qui est souffrance masochiste, sur un chemin qui serait le but, la vérité, la vie. Dans la morale, il n’y a pas de place à la vérité ; au commun, la vérité n’existe pas, ce qui tue la vie. On la bidouille pour mieux s’en arranger. Nos ego sont des créatures bloquées par des centres d’intérêts minables, larves qui ne peuvent se métamorphoser en beaux papillons auréolés. Dans la construction de Soi, on vise l’altitude, la hauteur qu’il faut prendre. Il n’y a pourtant rien à gravir, tout est à disposition, question d’actes menés par le libre-arbitre : je veut continuer à être une merde moraleuse qui passe son temps en jugement, ou Je est, tout simplement ce qu’il est, une respiration céleste, un adorable souffle divin. Par ailleurs, je est l’autre, comme je l’ai déjà dit : deux visages d’une même personne. Je doit donc se tenir en tenant compte de l’autre non comme alter-ego mais comme Ego divin ; autrement dit, comme le Moi est exhaussé, je dois aider les autres Moi à s’exhausser aussi. Mon comportement n’a alors plus rien à voir avec la morale commune, il n’est plus question que d’éthique personnelle, qui est la “déontologie sous-entendue” des hommes libres, des dieux vivants en l’Un.

Voilà. Si t’as envie, sois dieu et tais-toi, espèce d’alpha et d’oméga ! Et bon dimanche quand même…

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